Les soldats venus d’Afrique à l’honneur pour les 75 ans du débarquement de Provence

Emmanuel Macron commémorera, jeudi, le 75e anniversaire du débarquement de Provence aux côtés des présidents ivoirien et guinéen Alassane Ouattara et Alpha Condé. L’occasion de mettre l’accent sur la participation des soldats venus d’Afrique.

article par Stéphanie Trouillard publié sur le site france24.com, le 14 08 2019

Alassane Amadou, Boudjema Ben Hamou, Bruneta Maurice, Cisse Samba, Diegane Douf, Morana François, Niakara Ballo, Rabah Ben Ali, Sedio Traoré, Yahyaoui Mouhoub… Des tirailleurs sénégalais, algériens, tunisiens, des pieds-noirs. Ce sont devant les tombes de ces soldats venus d’Afrique que le chef d’État français, Emmanuel Macron, va se recueillir jeudi 15 août, soixante-quinze ans jour pour jour après le débarquement de Provence. C’est dans la nécropole nationale de Boulouris, près de Saint-Raphaël, dans le Var, que reposent 464 combattants de l’armée B française, devenue ensuite la 1re armée de l’Hexagone, tombés lors de ces combats.

Près de 250 000 soldats des forces françaises ont participé en août 1944 au débarquement de Provence, dont 90 % était originaires d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, européens et non européens rassemblés. Traditionnellement, cette commémoration annuelle est l’occasion de saluer la contribution des combattants des anciennes colonies françaises à la Libération. Lors du 50e anniversaire en 1994, 18 pays africains avaient été représentés et pour le 60e, en 2004, une quinzaine de chefs d’État d’Afrique noire et du Maghreb étaient présents.

Le président Jacques Chirac avait alors salué leur engagement : “Chasseurs d’Afrique, goumiers, tabors, spahis, tirailleurs, zouaves… Leurs noms résonnent pour toujours avec éclat dans nos mémoires. Combattants exemplaires, souvent héritiers de traditions guerrières immémoriales, admirables de courage, d’audace et de loyauté, ils ont été les inlassables artisans de la victoire”.

Des goumiers d'Afrique du Nord défilent sur le port de Marseille, en août 1944, quelques jours après le débarquement en Provence
Des goumiers d’Afrique du Nord défilent sur le port de Marseille, en août 1944, quelques jours après le débarquement en ProvenceArchives AFP

“Une histoire qui nous est commune”

Mais, récemment, un collectif de 22 personnalités, dont Lilian ThuramRachid Bouchareb ou Alain Mabanckou, s’est inquiété du peu d’intérêt montré par les autorités françaises envers ce 75e anniversaire. Dans une tribune publiée dans Le Monde, ces intellectuels et artistes ont demandé un événement à la hauteur. “Aïssata Seck, qui est en charge des questions de mémoire à la mairie de Bondy, m’a dit que rien n’avait été prévu ni du côté de l’armée ni du côté de l’Élysée, alors qu’il y avait eu de très fortes commémorations en juin pour les 75 ans du débarquement en Normandie au cours duquel très peu de Français avaient participé et surtout pas d’Africains”, explique l’historien Pascal Blanchard, l’un des signataires de ce texte. “On a été très surpris et on a décidé de mobiliser des amis.”