La lutte complexe contre le harcèlement scolaire

En classe, les enseignants ne parviennent pas toujours à repérer les situations à risque, par manque de formation ad hoc ou de temps. «Malgré toute leur bonne volonté, ils doivent gérer ce problème parmi d’autres, ils veulent être sûrs d’eux avant d’intervenir», souligne Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands. A ses yeux, la volonté politique manque pour instaurer un système de formation d’envergure. A Genève, la Cour des comptes a d’ailleurs récemment épinglé les grandes disparités entre établissements en matière de prévention, de détection ou de prise en charge des cas de harcèlement.

Former les enseignants
Souvent accusée de ne pas en faire assez, l’école réagit. «Le désarroi des parents devant un enfant qui souffre peut évidemment être insupportable, souligne Basile Perret, chef de projet «Harcèlement et violence entre élèves» dans le canton de Vaud. Mais face à des situations hautement complexes et émotionnelles, il n’y a pas de réponse toute faite. Sans concertation avec les différents acteurs, les parents peuvent parfois agir de manière contre-productive.»

Dans le canton de Vaud, la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire s’intensifie. «Depuis 2015, les établissements se dotent progressivement de politiques internes de prise en charge des situations de harcèlement, les différents acteurs scolaires sont formés à réagir», souligne Basile Perret. L’enjeu? Apporter une réponse spécifique en fonction du niveau de gravité. «Il faut croiser les regards pour savoir quels outils mobiliser, des rencontres individuelles avec les intimidateurs à l’intervention de la police voire à l’exclusion des auteurs. Le tout en veillant à ne pas stigmatiser davantage la victime et en la soutenant tout au long du processus.» La médiation est quant à elle déconseillée lorsque l’asymétrie des forces est particulièrement forte, ce qui est souvent le cas avec les phénomènes de groupe. Des efforts payants mais qui ne suffiront pas à éradiquer les phénomènes de harcèlement à l’école, tant la figure du bouc émissaire est ancrée dans la société.

Audio: l’épisode de Brise-Glace consacré au harcèlement scolaire

Zoé Moody: «Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la honte pour les victimes»
Professeure à la HEP Valais et collaboratrice au Centre interfacultaire en droits de l’enfant de l’UNIGE, Zoé Moody analyse les phénomènes de harcèlement en milieu scolaire depuis plusieurs années. Logiques de groupe, loi du silence, actions répétées mais peu visibles: plusieurs facteurs expliquent qu’il passe encore trop souvent inaperçu.

En quelques années, le regard sur le harcèlement a complètement changé. Comment l’expliquer?