La lutte complexe contre le harcèlement scolaire

Les cas de harcèlement scolaire sont en hausse en Suisse, comme le révèle la dernière étude PISA. Pour combattre ce fléau, enfin reconnu dans la sphère publique, de multiples réponses sont nécessaires: politique de prévention dès le plus jeune âge et formation des enseignants

dossier préparé par Sylvia Revello et publié sur le site letemps.ch , le 18 12 2019

«Au début, c’était vivable, et puis ça a dégénéré.» Pour Nicolas, le harcèlement a commencé dès l’école primaire. Dans sa petite commune vaudoise cossue, l’enfant est un peu différent. «Ma mère avait peu de moyens financiers; avec mes habits de seconde main, c’était très difficile d’être accepté», raconte le jeune homme aujourd’hui âgé de 20 ans. Très vite, un petit groupe de garçons se ligue contre lui. Moqueries, insultes, agressions physiques: l’engrenage de la violence commence. Nicolas s’isole. «Je ne comprenais pas ce que je faisais de mal, alors j’essayais de me faire oublier.» Chaque matin, il part à l’école la boule au ventre.

Le harcèlement atteint son paroxysme en 4e primaire. Nicolas a alors 10 ans. «Des garçons m’attendaient à la sortie des cours pour me frapper, ils voulaient se défouler.» Un soir, sa mère découvre des ecchymoses sur ses jambes. Elle alerte les professeurs, qui confient n’avoir rien remarqué. Commencent alors des médiations, «inutiles», selon Nicolas. «Mes agresseurs ne pouvaient pas dire pourquoi ils me détestaient. Ils ont continué.» Au secondaire, Nicolas est un peu rond, avec des grains de beauté. «Mes différences étaient systématiquement retournées contre moi, j’en suis arrivé à me détester, à vouloir mourir pour que ça s’arrête.» Son salut, il ne le doit qu’à un déménagement et à un long travail avec un psychologue pour retrouver confiance en lui. Rétrospectivement, il estime ne pas avoir été suffisamment soutenu par l’école.

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Hausse des cas
Comme Nicolas, de plus en plus d’élèves suisses vivent un enfer dans le cadre scolaire. Selon la dernière étude PISA, publiée début décembre, les cas de harcèlement ont augmenté d’au moins 2% depuis 2015. Quelque 13% des jeunes de 15 ans interrogés déclarent subir régulièrement des moqueries, 11% disent avoir été victimes de rumeurs et 7% d’agressions physiques. A l’échelle européenne, la Suisse affiche le plus haut taux de harcèlement avec l’Italie: 5 à 10% des jeunes de 4 à 16 ans seraient touchés. Difficile toutefois de savoir si les cas sont réellement plus nombreux ou davantage dénoncés.