La lutte complexe contre le harcèlement scolaire

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Il n’empêche, le harcèlement peut aller très loin. Pour Matéo, écolier genevois âgé de 10 ans, les choses ont dérapé l’an dernier. «En six mois, tout a basculé», raconte Barbara, qui a vu son fils «dépérir sous ses yeux» à force d’insultes, de menaces, puis de coups. «Un jour, des camarades l’ont enfermé dans les toilettes durant une heure et les enseignants ne s’en sont pas rendu compte», dénonce la mère, très remontée contre l’établissement, qui a selon elle mal géré la situation.

Mère désemparée
Enfant dyslexique, Matéo se renferme sur lui-même, devient agressif par moments. «Chaque matin, je le trouvais en pleurs, j’étais désemparée», confie Barbara. Des confrontations ont lieu, sans succès. «Ses agresseurs ne réalisaient pas la gravité de leurs actes, déplore-t-elle. De son côté, la direction n’a cessé de minimiser les choses, voire d’accuser mon fils d’être à l’origine du problème.» Un matin, Matéo s’enfuit de l’école. «La police m’a appelée pour me dire qu’ils l’avaient retrouvé dans la rue; c’est là que j’ai décidé de le retirer de l’école», raconte-t-elle. Depuis septembre, Matéo est scolarisé à domicile. Une décision lourde de conséquences. Barbara, elle, estime ne pas avoir eu le choix. «J’aurais aimé ne pas en arriver là, mais c’était ça ou la chute libre pour mon fils. Aujourd’hui, il revit.» Elle ne rejette toutefois pas l’idée de le réintégrer un jour dans le système public. «Il faudra voir quand et comment; mon but n’est pas de le maintenir dans une bulle.»

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A l’ère d’internet, les moqueries ne s’arrêtent plus aux portes de l’école, mais se poursuivent à la maison, sur les réseaux sociaux. Pour combattre ce fléau, enfin reconnu dans la sphère publique, une politique de prévention dès le plus jeune âge est nécessaire, s’évertuent à réclamer associations de parents d’élèves et syndicats d’enseignants. Alors que plusieurs cantons romands ont lancé des plans d’action, les moyens restent insuffisants, estime Tiziana Bellucci, directrice de la fondation Action innocence, qui vise à préserver la dignité et l’intégrité des enfants sur internet. Elle n’hésite pas à faire le lien entre harcèlement et écrans.

Le rôle des écrans
«Aujourd’hui, l’utilisation des écrans est un chantier énorme, de nombreux enfants de 2 à 6 ans y ont accès de manière trop longue et non accompagnée, déplore Tiziana Bellucci. Or on sait que les enfants très exposés, qui effectuent peu d’activités en groupe ou en plein air, auront plus de mal à intégrer les codes sociaux, à comprendre les émotions, et pourront plus facilement devenir des victimes.» Il convient selon elle d’intervenir de manière précoce, à la crèche, pour renforcer les compétences psychosociales des bambins. «Comment obtenir la petite voiture de mon camarade? Certains vont la demander, d’autres vont hurler, mordre ou frapper. Ces comportements inadaptés peuvent plus tard isoler l’enfant et potentiellement le placer dans une posture de harceleur ou de harcelé.»