Au nord de la Tunisie, une école de breakdance permet de rêver à un avenir meilleur

« Dans le break, chaque athlète doit créer ses propres mouvements en fonction de sa physionomie. Vous pouvez être plus ou moins grand, maigre ou au contraire musclé, vous devez repérer vos points forts et les développer. Cela demande une réflexion et de la discipline, leur explique Amine, exigeant mais pédagogue. Un vrai Bboy crée son propre style. » South Eagle s’est d’ailleurs distingué en intégrant à son flow une esthétique de danses traditionnelles tunisiennes.

Les danseurs venus encadrer le stage ont été bluffés par le niveau proposé par les Ghar boys, les breakers de Semmama. ( – ) Nicolas Fauqué L’Équipe

Le stage ne sera pas qu’une partie de plaisir pour les athlètes autodidactes. Il leur faudra deux jours pour effectuer les pas de base (toprocks) les plus simples qu’Amine leur enseigne. Rien d’extraordinaire, l’exigence d’une certaine précision pour suivre le tempo. Un exercice de rigueur auxquels les jeunes n’avaient jamais été initiés.

Quant à l’entrée en scène de Medghar « Marvel », ce sera un vrai challenge. Il s’agit d’apprendre une toute nouvelle technique, le popping, une danse créée à la fin des années 1970 en Californie, basée sur le beat et le contrôle des muscles tout en mouvements saccadés. C’est l’occasion pour les Ghar Boys d’enrichir leur univers musical ; si les premiers temps du cours sont surprenants, voire compliqués, le coup de foudre réciproque entre le formateur et ses élèves ne se fait pas attendre.

Mais alors que la troupe intègre la chorégraphie du champion, au loin, une épaisse fumée noire se dégage du Djebel Chambi. Contraste dans le paysage. « Un missile de l’armée, sûrement », commente avec flegme Moez Helali, le directeur du centre, géographe de formation. Habitués à cohabiter avec les opérations militaires autant que la présence fantomatique des djihadistes dans leurs montagnes, les kids du centre continuent leur partie de basket, et les Ghar Boys, leur cours de popping. « Ça se passe comme ça ici, et demain matin, l’un ira travailler avec son père sur un chantier de maçonnerie, d’autres rejoindront les cours après la sortie des moutons. C’est leur vie. » Plutôt que de terrorisme, Moez préfère parler des « évènements ».

Le spectacle de fin de stage mêlera les démonstrations de breakdance aux chants traditionnels de Mbarka, 88 ans, la doyenne du village. ( – ) Nicolas Fauqué L’Équipe

C’est que la famille Helali a payé son tribut. Le djihadisme ne lui a pas seulement pris ses terres mais aussi l’un de ses fils : Raouf, « le plus beau garçon de la famille », un neveu tué en octobre 2015 lors d’un bombardement sur Alep. Personne n’a compris comment ce jeune homme discret, passionné de mode et de breakdance, avait pu se retrouver en Syrie. « Il faisait partie de la première génération du crew des Ghar Boys », raconte Adnen Helali, le cousin de Moez, homme de lettres, figure engagée de la scène culturelle locale, devenu une figure tutélaire pour les jeunes de Semmama.