Au nord de la Tunisie, une école de breakdance permet de rêver à un avenir meilleur

Dans le nord de la Tunisie, non loin d’une « zone rouge » infiltrée par Daesh, la breakdance permet de rêver à un avenir différent, peut-être olympique. Voyage au coeur du djebel avec deux stars de la discipline qui y ont découvert une sacrée relève.

reportage de Laura-Maï Gaveriaux publié sur le site lequipe.fr, le 09 08 2019

En cet après-midi de juillet, par 41 degrés, le soleil s’écrase de toute sa pesanteur sur le Centre culturel des arts et métiers de Semmama. Une montagne culminant à plus de 1 300 mètres, dans les marges nord-ouest de la Tunisie, où coexistent les familles de bergers et une nature aride, mais généreuse. Inauguré huit mois plus tôt, construit grâce au mécénat d’une organisation philanthropique, la Fondation Rambourg, le lieu flambant neuf accueille une bibliothèque ouverte à tous les gosses du hameau, une cafétéria, un patio couvert d’un élégant toit de laurier, des salles équipées, un terrain de basket, une scène entourée d’une arène de béton. Autour, les champs de romarin, où l’on fait brouter les moutons. Un ensemble un peu surréaliste de bâtiments immaculés en haut d’une piste de terre, auquel on n’accède qu’escortés par la Garde nationale. Non sans difficultés, lorsqu’on est étranger. Selon les chancelleries européennes, nous sommes ici dans une zone rouge.

C’est que le lieu se trouve à quelques mètres du secteur militaire fermé. Depuis l’implantation du groupe État islamique en Tunisie, dans le sillage de la révolution de 2011, les reliefs mitoyens de la frontière algérienne sont devenus des maquis pour les djihadistes. La tribu des Helali a dû se résoudre à descendre vers les plaines pour fuir les opérations de l’armée. La zone est une précieuse réserve naturelle désormais ravagée par les incendies que provoquent les bombardements et les explosions de mines. Un désastre écologique, économique et humain. Pourtant, malgré la chaleur et les enjeux sécuritaires, une étrange tradition est née dans les replis caverneux de ces confins déshérités. Comme un air de Bronx au milieu des oliviers.

Émir, Aoued, Émir, Wissem, Saïf et Khoissay (ci-contre de gauche à droite), sont tous autodidactes de la breakdance () Nicolas Fauqué – L’Équipe

Dans l’une des salles du Centre culturel, une sono crache le meilleur du funk et du hip-hop du moment. Indifférents à tout, les breakers de Semmama, les Ghar Boys, se défient, rivalisant d’inventivité à chaque passage, toujours plus acrobatique. Ils y passent tout leur temps libre.