Au nord de la Tunisie, une école de breakdance permet de rêver à un avenir meilleur

« Au départ, nos frères aînés regardaient des vidéos sur YouTube, et nous, on les imitait », raconte Aoued, garçon athlétique de 20 ans, capable d’enchaîner avec un naturel désarmant une dizaine de windmills – sorte de coupole réalisée avec les jambes, par des rotations en équilibre sur le torse. Ghar Boys ? Ghar signifie grotte en arabe. Il y a une dizaine d’années, dans les décors enchanteurs de cette montagne et ses cirques de pierre, des jeunes ont commencé à pratiquer cette discipline, à l’intersection de la danse et du sport, promise à l’affiche des Jeux Olympiques 2024. Avant que le centre ne leur offre un lieu d’entraînement et de création.

C’est un jour particulier. Deux grands danseurs, Amine Miladi, alias « South Eagle », et Medghar Gharbi, alias « Marvel », sont là pour une semaine. À l’initiative d’une directrice artistique belge, Lisbeth Benout Thabet, liée au pays par son mari et ses fils, des stages d’arts de rue se tiennent à Semmama depuis deux ans. C’est bien la toute première fois que les Ghar Boys vont recevoir des cours de break. Leurs nouveaux professeurs n’en sont pas moins impressionnés. « Il va falloir que je revoie mon programme, je ne m’attendais pas à ce niveau », commente South Eagle, un champion tunisien internationalement reconnu, dont les jeunes breakers suivent les exploits sur Instagram.

Le danseur Medghar Gharbi, alias « Marvel » (au centre), est venu à Semmama pendant une semaine pour animer un stage d’art des rues. son but est d’initier les jeunes aux techniques de base de la discipline. ( – ) Nicolas Fauqué L’Équipe

Amine commence par une démonstration de ses footworks les plus élaborés – des pas au sol où le mouvement des bras sert d’équilibre. Ceux-là mêmes qui lui ont permis de se qualifier pour l’édition 2018 de la Red Bull BC ONE, compétition mondiale de référence. La petite bande observe l’idole, les yeux écarquillés, leur démontrer que le rêve est à portée de baskets. Même pour eux, fils de paysans. « Bien sûr que je veux devenir un champion ! », s’exclame Wissem, le plus jeune et le plus souple du « crew », spécialiste de freezes défiant les lois de la gravité. Imaginez : le breaker tient en équilibre statique sur le haut du corps, et enchaîne les figures avec ses jambes. Ce gosse-là n’a pas encore douze ans !