Zemmour, Mennel et l’anti-France

S’il est pourtant une anti-France, comme il existe une antimatière, s’il est une anti-France spirituelle, c’est bien chez Zemmour qu’il faut la chercher. Mennel pense mal, parfois, si elle chante bien, et devrait y réfléchir? Zemmour, lui, pense faux, et pensant faux, il nie ce que nous sommes, français, et dément ce qui nous a sauvé, comme pays, après les tourmentes. Une phrase l’atteste, dans son opus sur Maurras, le 1er février, dans le Figaro Magazine, dont on se demande parfois s’il sait ce qu’il publie. Elle est ici:

«Le destin posthume de Maurras s’est joué en 1940. Le chantre du nationalisme intégral soutient Pétain, refusant de choisir entre les gaullistes pro-Anglais et les collabos pro-Allemands.»

Gaullistes pro-Anglais, écrit Zemmour, et c’est ici le péché originel, et un blasphème sans appel. Les gaullistes n’étaient pas pro-Anglais mais ses adversaires étaient les valets des nazis, et Pétain ne tenait pas le juste milieu entre De Gaulle et les Collabos. Pétain servait l’Allemagne de Hitler en bougonnant, Laval avec cynisme, Déat avec ferveur, Darnand avec cruauté, que sais-je, et il n’y avait dans la valetaille du nazisme que des différences d’humeur. De Gaulle, lui, était de France, et c’était pour la France qu’il était à Londres, et les gaullistes avec lui.

Le gaullisme pro-Anglais, seuls les collabos parlaient ainsi. Zemmour, spontanément, reprend sans guillemets les mots du fascisme.

Le gaullisme pro-Anglais, seuls les collabos parlaient ainsi. Zemmour, spontanément, reprend sans guillemets les mots du fascisme. Zemmour ment et manipule. Il viole l’histoire, mais contrairement à Dumas, ne lui fait pas de beaux enfants, des bâtards plutôt, des bâtards de la pensée… De Gaulle, de France, s’opposait à Churchill quand celui-ci le traitait en-deça de notre rang, et ne cédait rien aux Godons, ceux-là fussent-ils nos alliés et nos sauveurs. De Gaulle, un pro-Anglais? Nous sommes redevenus la France, par la splendide narration d’un général deux étoiles à titre temporaire, et refondés par sa vision et l’héroïsme des siens. C’est de l’histoire et un acte de foi, et le récuser est trahir la France. S’en rend-on compte? D’apparence et d’actualité, les palinodies sur les attentats sont des blessures immédiates, et des méchancetés impardonnables. Mais du plus vrai de notre histoire, avilir le De Gaulle de 1940 est notre destruction.

Si De Gaulle était pro-Anglais, une simple option dans les soumissions possibles, alors les collabos étaient de France, une France admissible, et le fascisme une part légitime de notre pays. Peut-on vivre avec ça? On se doute que Zemmour ne blasphème pas en vain, et son agenda est constant. On sait les forces à l’oeuvre, qui se drapent dans le drapeau bleu-blanc-rouge et désignent l’islam ou le migrant comme jadis on désignait le juif ou l’italien Zola. Ces nationalistes-là portaient la traîtrise, et les circonstances horribles du terrorisme ne suffisent pas à les réhabiliter, et l’inconséquence d’une jeune et jolie chanteuse, qui grandira, espérons-le, pour elle au moins, ne peut pas être leur triomphe. La pièce est transparente. Qui la comprend?