Zemmour, Mennel et l’anti-France

En 2001, commentant les attentats de New York, Ramadan parlait de «doute», et ajoutait;

«Si c’est Ben Laden et ses partisans, il faut qu’il réponde de ses actes, mais nous ne sommes pas idiots au point de penser que d’autres n’aient pas pu tirer profit de ce qui s’est passé.»

En 2015, il suggérait que les services secrets français, américains ou israéliens, n’étaient pas étrangers aux attentats de janvier, et le journal Le Temps l’accusait:

«Il sous-entend clairement qu’il n’est pas possible que les frères Kouachi se soient montrés assez stupides pour oublier une carte d’identité derrière eux. Tariq Ramadan cherche surtout à instiller le doute, afin que ses adeptes, derrière lui, fassent fructifier la théorie du complot.»

La carte d’identité, déjà… En 2016, un an après, doutant sur Nice, Mennel a imité Ramadan, ou sa tristesse était imprégnée d’une pensée perverse, qu’elle n’est pas la seule à avoir subie.

Mais elle n’est pas que cette influence, que ses contempteurs, simplement pris d’une passion rabique, n’ont d’ailleurs pas analysée. Mennel, de l’islam, est en même temps jeune femme joyeuse et voyageuse, une enfant de son temps, chanteuse, et pianiste aguicheuse, et d’abord cela, et dans son chant conjugue des supposés incompatibles. Les traces qu’elle laisse sur le web, sur YouTube ou Instagram, depuis des mois, ne témoignent pas de l’islamisme mais d’un métissage baroque. Elle chante «Are we awake» de Tal, franco-israélienne, voilà bien une influence islamiste, ou Beyonce ou Adele ou «Imagine» de John Lennon, posté juste au coeur de la crise: «Imagine there’s no heaven, no religion too», voilà encore de l’intégrisme! Et chante aussi, en même temps, pour la Syrie, la star musulmane Maher Zain, chanteur libanais devenu le barde de la Oumma, et chante aussi, en même temps, un hymne à la gloire du Prophète Mohammed à son entrée à Medine, et chante aussi, en même temps, ce qui la réjouit, et tout ceci l’amène à «The Voice» et à Léonard Cohen, et à tous les possibles, car rien n’est écrit.

Ils pensent, ces islamophobes, qu’une musulmane au voile, par essence, une musulmane visible, ne peut être parmi nous.

Quand elle s’avance sur TF1, Mennel ne revendique rien que la joie de chanter. Elle n’annonce rien de politique, et ne réclame que la joie. Ce n’est pas elle, quand on la découvre, qui se proclame guerrière d’un islam politique, ce qu’elle n’est pas. Elle hésite entre Zazie et Mika, pas entre la France et le Coran, et ne discute que de musique. Ceux qui vont chercher de quoi la perdre dans son passé numérique le font en dépit d’elle, et de ce qu’elle avance. Ils la résument à une sale colère, et décrètent qu’elle n’est que ces quelques messages. Ils balaient les notes et le piano, le métissage baroque, les études d’anglais, l’espièglerie de la jeune femme, ce qu’elle pourrait devenir, le succès, le miroir sucré du succès, l’admiration de Zazie, l’âme d’une chanteuse… Ils balaient tout puisqu’elle n’est, pour les obsédés de l’islam, qu’une musulmane, une étrangère forcément, une ennemie. Ils pensent, ces cannibales, que Mennel n’est vraie qu’en adepte de Ramadan, et que le chant n’est qu’un leurre. Ils pensent, ces islamophobes, qu’une musulmane au voile, par essence, une musulmane visible, ne peut être parmi nous. On trouve ce que l’on cherche, et ils veulent la chasser.