La fraternité, valeur républicaine ?

Si la fraternité a des origines religieuses et maçonniques, elle est parvenue à s’imposer au sein de la République comme une valeur laïque. Inscrite sur les mairies et les écoles, elle apparaît pourtant bien souvent abstraite aux yeux du grand public.

Une idée révolutionnaire

Ce sont les philosophes des Lumières, tels que Voltaire et Rousseau, qui donnent ses premières lettres de noblesse à la fraternitas. Ils appellent à une plus grande empathie au sein de la grande fratrie humaine.

La famille apparaît alors  comme un modèle à imiter à l’échelle de la société. On cherche à aider son prochain, comme on aiderait un membre de sa famille. Le bien-être n’est plus uniquement une recherche personnelle, il devient également une quête pour les autres.

Il faut cependant attendre la Révolution française pour que la fraternité fasse son entrée dans le langage courant. Il est alors d’usage de se dire bonjour en utilisant la formulation : « Salut et fraternité ».

C’est dans la rébellion que l’union fraternelle voit le jour. Lors du serment du Jeu de paume en 1789, les représentants du tiers état sont prêts à mourir au nom de la fraternité nationale. Mirabeau déclarera : « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous ne quitterons nos places que par la force des baïonnettes ».

Sur l’Hôtel de Ville de Paris, les édifices publics et les monuments aux morts, on écrit : « La République une et indivisible – Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». Autrement dit, les citoyens sont invités à embrasser les idéaux républicains ou à périr. On cherche à se montrer fraternel avant tout envers les personnes qui partagent les idéaux révolutionnaires, qu’ils soient citoyens français ou bien étrangers. Les monarchistes sont théoriquement exclus de la fraternité.

En revanche, le mot est absent de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1789. Contrairement aux légendes urbaines, il faut attendre la Déclaration de 1793 pour que le principe de fraternité soit évoqué pour la première fois.

Un idéal républicain

Ce n’est qu’en 1848 que la fraternité acquiert une véritable valeur juridique. La Constitution de la IIème République mentionne pour la première fois la triade: « Liberté Egalité Fraternité », faisant de la fraternité une véritable religion civile.

Un certain nombre de réticences persiste cependant. Un groupe de républicains préfère le terme de solidarité car il serait plus laïc. La fraternité conserverait selon eux une connotation trop chrétienne.

En 1879, la IIIème République conforte pourtant l’idéal de fraternité en l’inscrivant sur le fronton de tous les bâtiments officiels. La Vème République en fera de même en reprenant la devise « Liberté Egalité Fraternité » en 1958.