La banlieue, ce « lieu banni »… de la campagne présidentielle

Il y a plus de dix ans, suite aux « émeutes de 2005 », était créé l’Observatoire économique des banlieues, association ayant pour objet de « faire de la recherche une action citoyenne ». Il se trouve qu’à l’époque, cette démarche était en phase avec une prise de fonction de direction d’un établissement d’enseignement supérieur privé à Saint-Denis, dans le « neuf cube », ce qui nous a permis de mettre en œuvre le projet pédagogique d’une « Business School dans le 93 ».

Pour une fois, une entité « hors de la Cité », au-delà de ce mur d’enceinte représenté par le périphérique, naissait et allait travailler sur ces questions de zones périurbaines sans toutefois occulter la dimension développement de l’employabilité de jeunes ne disposant pas toujours des codes nécessaires pour intégrer le monde du travail dans des conditions équitables. Ceci a été possible grâce à des équipes passionnées et engagées, vivant cette aventure comme un quasi-sacerdoce, des partenariats avec des universités permettant une double diplomation, et donc une reconnaissance académique considérable venant renforcer le dispositif.

De la Cité aux cités

S’il peut être considéré comme un véritable marqueur territorial, ce périphérique est également un marqueur social. C’est, du reste ce que nous montre Matthieu Giroud dans ses travaux d’observation d’un quartier populaire de Grenoble, Berriat Saint Bruno. Ce même périphérique qui personnifie la « fracture sociale », concept sur lequel a largement reposé la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1995.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Cette délimitation est bien toujours présente et ne cesse de creuser un fossé entre la cité et sa banlieue et d’en diviser les habitants respectifs et c’est ce qui le rend particulièrement diabolique (du latin diabolus et du grec diabállô, signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « qui détruit »). Comme si deux territoires s’opposaient, quand ils ne s’ignorent pas.

Le premier, avec ses prix au mètre carré complexifiant l’accession à la propriété rend, par conséquent, sélective la composition de ses habitants. C’est le lieu des « beaux quartiers », des bâtiments nationaux qui incarnent dans l’esprit de chacun la mémoire du pays, la stabilité des institutions. En quelques mots, la Cité romaine ou encore la Polis des Grecs. Ce parallèle est intéressant lorsque l’on sait que, justement, cette même Polis compte parmi ses caractéristiques une donnée sociale et spatiale et qu’elle est une communauté de citoyens libres et autonomes, civilisés, entendons par là « sociables, courtois et disposant des bonnes manières à l’égard d’autrui » (« cité » vient trouver sa source du latin impérial civilitas).