1945 : pendant la fête organisée par sa grand-tante, les invités sont allés tuer 180 Juifs

Pourquoi ne pas avoir établi de connexion entre ces deux faits? Qui a décidé de ne pas soulever la question? Mon père n’avait jamais pensé qu’il y avait un lien entre les gens présents au château et ce qui s’y était passé. Tout le monde savait que Margit était une Allemande qui entretenait des liaisons avec les nazis et qu’elle était favorable au régime nazi, mais personne n’avait voulu poser de questions.»

Ces interrogations restant sans réponse, Sacha Batthyany n’a d’autre choix que de s’en saisir lui-même et d’entamer des recherches en profondeur. Elles le mènent à l’écriture d’un livre en allemand, «Mais en quoi suis-je donc concerné?», paru en France le 9 février 2017, qui lève le voile sur les événements de cette nuit meurtrière et retrace sa quête d’identité.

Batthyany évoque ainsi la relation entre sa grand-mère Marita, fille d’aristocrate, et Agnes Mandel, une Juive qui a dû quitter le village où les deux femmes ont grandi lorsque les Juifs s’y sont fait assassiner. Il raconte aussi la vie de son grand-père, devenu l’ombre de lui-même après avoir été emprisonné pendant une décennie dans un goulag en Sibérie. Ou encore la fuite de ses grands-parents avec son père, alors adolescent, de la Hongrie sous occupation soviétique vers une maison de la riche comtesse Margit, à la frontière italo-suisse. Et il analyse la pathologie familiale de ces hommes qui, éternellement reconnaissants envers elle, ont préféré se garder de poser la moindre question.