La question du financement de l’islam, un casse-tête européen

La question du financement de l’islam est omniprésente en Europe (1). Avec un triple objectif : lutter contre les influences extérieures, contrôler et rassurer l’opinion publique. Tour de piste.

Article signé Marie-Cécile Royen, publié sur le site levif.be, le 28 01 2019 

L’Autriche pionnière

La ” loi islam ” de 2015 a augmenté les droits des musulmans autrichiens : jours de congé pour les fêtes religieuses, cimetières spécifiques, aumôniers (armée, hôpitaux, maisons de retraite, prisons) et respect des prescriptions alimentaires et de certaines pratiques rituelles (la circoncision des garçons, l’abattage rituel des animaux). En contrepartie, les associations musulmanes doivent adopter ” une approche positive envers la société et l’Etat “. Les imams doivent être formés sur place et maîtriser l’allemand. Une faculté de théologie musulmane a été ouverte à l’université de Vienne. Le rôle officiel de la principale fédération musulmane autrichienne (IGGiÖ), de 1979, est renforcé. Autre nouveauté : les frais de fonctionnement des institutions confessionnelles et les salaires des imams ne peuvent plus être pris en charge par des pays étrangers, au grand mécontentement de la Turquie, qui salarie 20 % des imams de ce pays de 8,7 millions d’habitants, dont 500 000 à 700 000 musulmans. Cette interdiction dont sont exemptés les mormons et les grecs orthodoxes a suscité des critiques, de même que le rappel de la primauté du droit autrichien sur les prescriptions religieuses. Un principe qui figurait déjà dans la loi de 1912 reconnaissant l’islam après l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Empire austro-hongrois. L’été dernier, le gouvernement autrichien avait annoncé son intention de fermer sept mosquées et d’expulser 40 imams suspectés de promouvoir un ” islam politique “.

Recueillement à Barcelone après les attentats islamistes des 17 et 18 août 2017.

Recueillement à Barcelone après les attentats islamistes des 17 et 18 août 2017. © JAVIER SORIANO/BELGAIMAGE

Espagne, une parenthèse de quatre siècles

Les musulmans représentent 4 % de la population espagnole, soit 1,9 million de personnes, alors qu’ils ont dominé la péninsule entre le viiie et le xve siècle. Créée en 1992, la Commission islamique espagnole est l’interlocuteur du gouvernement pour la formation des imams, la nomination des professeurs de religion islamique, la distribution des allocations ou subventions provenant du ministère de la Justice, etc. Elle comprend deux grandes organisations qui sont rarement sur la même longueur d’onde : l’Union des communautés islamiques d’Espagne (principalement d’origine marocaine et syrienne) et la Fédération espagnole des entités religieuses islamiques (représentant plutôt les convertis). L’islam espagnol a la réputation d’être pacifique et bien intégré, avec des poches de radicalisme en Catalogne et en Andalousie. En 2011, un rapport du Centro Nacional de Inteligencia s’inquiétait du financement de l’islam espagnol par l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Emirats arabes unis, la Libye et le Maroc. Le gouvernement souhaite que les dons étrangers transitent par la Commission islamique espagnole en vue de soutenir des projets tels qu’une licence en sciences religieuses, la formation et la rétribution du clergé, des manuels de formation rédigés en Espagne ou des campagnes sur l’islam dans les médias. L’autre idée serait d’étendre aux confessions minoritaires (islam, protestantisme) le régime d’impôt religieux dédicacé qui prévaut pour le culte catholique depuis 1979 (5 % ou 7 % des revenus).

Hakim El Karoui contre l'ingérence étrangère.

Hakim El Karoui contre l’ingérence étrangère. © FRANCESCA MANTOVANI/REPORTERS