Pourquoi je suis sorti de « l’islam des quartiers »

« Quoi de plus attirant pour un jeune en crise existentielle dans ce pays qu’une « idéologie prêt-à-porter » qui épouse vos colères, vos frustrations et vos rejets avec, en prime, la légitimité divine ? Enfin une autorité à laquelle je pouvais remettre mon être sans risques, pensais-je. En effet cette autorité prenait en charge mon quotidien -je ne volais plus, j’avais une « famille » fraternelle, j’avais un code de conduite précis, un corpus rituel structurant, ma crise existentielle était apaisée: pas d’anéantissement de « l’être » après la vie. »

Récit : Pourquoi je suis devenu un musulman à l’adolescence avant de sortir de l’islam sans amertume ni violence. Par Cyril CHEVROT

Pour que vous sachiez de quoi je parle je vous est fais une vidéo d’introduction :

Quand j’étais adolescent je n’ai jamais réussi à me convaincre d’obéir aux hommes et à leurs institutions. J’avais peur qu’en écoutant, ou en imitant les autres, je cumule mes propres erreurs à celles des autres en surplus. J’avais peur également d’être enfermé et qu’on m’empêche de réaliser le plein potentiel de mon libre examen, de ma liberté de penser et d’agir. N’ayant aucun apport culturel, cultuel ou traditionnel sain dans mon héritage personnel, j’étais en crise identitaire et existentielle.

Je n’ai jamais trouvé de réconfort, ou de ligne de conduite, ou encore d’utopies idéalistes satisfaisantes à suivre, dans le modèle sociétal de mon environnement proche et du pays qui était le miens. Le consumérisme, ou la réalisation par « l’aliénation volontaire » au capital, ne sont pas des « utopies » qui me suffisaient en terme de « sens donné à la vie » et de quête d’un idéal plus grand que soi. Le rêve de la réalisation de soi par le matérialisme, au sens commun comme au sens philosophique du terme, ne m’a jamais convaincu.

J’ai donc embrassé « L’Islam du quartier » -wahhabitophile plus ou moins consciemment – car c’est le modèle métaphysique ou/et l’utopie idéaliste alternative la plus proche, de mes convictions d’alors et parce-que c’est aussi l’idéologie la plus anticapitaliste à disposition immédiate au milieu d’un quartier populaire français, depuis que le communisme s’est effondré. Comme le remarque Amin Maalouf -que j’ai découvert plus tard- dans « Les désorientés » il est des « barbes Islamiques » et des hijabs qui ont une parenté idéologique certaine avec le t-shirt du Che des années 60-70.

Cette utopie était théoriquement en parfaite adéquation avec mon rejet du « rêve américain » et du « syndrome du larbin » -modèle plus français de la nouvelle utopie néolibérale de réalisation de l’être par le « travail » et l’argent.

En prime, je pensais suivre la volonté de Dieu, soit l’autorité suprême en ce monde. Imaginez la puissance d’une telle illusion quand elle ne trouve, dans la société dans laquelle elle se développe, aucune contre-argumentation tangible autre que le rejet épidermique, parfois raciste, en face d’elle.