Dénoncer l’extrême pauvreté en France par la photographie

Les reportages de Marc Melki sur les sans-abri font le buzz sur la Toile. Avec 100 personnalités, il lance aujourd’hui un cri d’alerte sur l’urgence de mener une politique cohérente et solidaire. Rencontre avec un photographe engagé.

A Paris, du bitume des trottoirs aux campements et bidonvilles, vous photographiez les sans-abri depuis plusieurs années. Vous voulez rendre visibles ceux que notre société refuse de voir ?
Marc Melki. J’ai démarré ce travail photographique en 2012 avec les Roms. C’était un choc énorme pour moi de voir autant de familles avec enfants dormir dehors. Mes photos étaient reprises par la presse, puis ça retombait… La police venait “nettoyer tout ça”… A

L’image contient peut-être : une personne ou plusEn quoi est-ce crucial aujourd’hui de mobiliser l’opinion et les politiques?
Voir dans nos rues autant de gens rejetés fabrique du rejet, fait monter le populisme et le racisme. Notre société crée de la violence! J’ai l’habitude de travailler avec des enfants. Chez des gamins de 5 ou 6 ans,  j’observe déjà du racisme dans leur imaginaire… Sur certains lieux, des salafistes vont sur le terrain et tentent de manipuler les gens. C’est dangereux de laisser un tel terreau qui peut faire le lit de n’importe quelle dérive… Comment accepter qu’autant de gens aujourd’hui se dégradent et meurent dans nos rues?

Pourquoi avez-vous décidé de faire poser des personnalités qui, le temps d’une séance photo, se sont mises dans la peau d’un sans-abri?
Ce projet est né en 2014 avec le concours d’Eliette Abécassis. Ensemble, nous avons créé le collectif “Exils Intra Muros”. Lors de nos rencontres avec les élus de la mairie de Paris, nous avons vite compris qu’on allait tourner en rond. J’ai alors proposé à Eliette de prendre la pose. C’est mon premier portrait, aujourd’hui j’en ai 75. Comédiens, écrivains, journalistes, présidents d’associations… A chacun des participants, j’ai demandé deux choses : passer le relais en me mettant en contact avec une autre personnalité intéressée par le projet et écrire un petit texte. Guillaume Holsteyn, qui a posé la semaine dernière, a écrit “Vous n’aurez pas mon indifférence“, un message magnifique! Fondateur d’un réseau de solidarité locale pour les sans-domicile, il a participé au lancement de l’Appel des solidarités, initié en mars dernier par la Fondation Nicolas Hulot et Emmaüs. Je rallie des personnalités afin de peser de plus en plus lourd face à des politiques très “légers” en la matière. Comment accepter qu’autant de gens aujourd’hui se dégradent et meurent dans nos rues quand on sort d’un quinquennat de gauche? “Et si c’était vous?” est un cri d’alerte, un cri photographique!