Les “petits oublis” d’Al Jazeera sur l’esclavage en terre d’islam

Ibn Butlan donne ainsi des preuves sur la perception, le traitement et les rôles des personnes asservies, notamment parmi les populations des deux sexes, dans les sociétés islamiques. Au cours des VIIème et VIIIème siècles, de nombreux musulmans originaires d’Afrique du Nord commencèrent à s’impliquer dans le commerce saharien. Ce fut le cas, par exemple, des Ibadites qui se déplacèrent dans le Sahara pour s’installer dans les centres caravaniers comme Ghadames et Awdaghust. De même, les musulmans nord-africains qui faisaient du commerce ou s’installaient dans le Sahara occidental, établirent des liens culturels, sociaux et économiques entre l’Afrique du Nord et de l’Ouest.

A l’époque de la conquête islamique de l’Afrique du Nord, les Arabes étaient, dès l’origine, conscients des ressources en or d’Afrique de l’Ouest. Cette richesse motiva, par exemple, d’importantes expéditions contre l’empire du Ghana. Cependant, ces premières tentatives pour établir un contrôle sur l’extrémité sud du commerce transsaharien ne connurent pas de succès. Par-contre, les musulmans arabo-berbères établirent des routes commerciales en direction du puissant royaume du Ghana et en tirèrent du profit. Des centres ou entrepôts commerciaux furent alors créés sur les routes sahariennes comme Sijilmassa et Awdaghust, etc.[5] Les principales marchandises qui ont marqué le commerce transsaharien étaient le sel, les chevaux, les textiles, l’or et les esclaves.

Durant le règne de la dynastie mérinide, la dynamique de la diaspora commerçante marocaine se transforma graduellement, alors que la géopolitique des frontières de l’islam se modifiait en Andalousie, grâce à l’initiative des chrétiens, et au Soudan, grâce à l’initiative des musulmans. Ce changement affecta la provenance des esclaves. Les esclaves venant d’Europe diminuèrent progressivement en nombre tandis qu’augmentaient ceux d’Afrique sub-saharienne. Ceci se produisit en particulier après la défaite sévère des musulmans à la bataille de Rio Salado face à la coalition castillo-portugaise en 1340.

La rencontre initiale entre le Portugal et le Maroc ainsi que le commerce atlantique a servi aux Européens de terrain d’essai pour le commerce avec l’Afrique sub-saharienne et transatlantique. Lorsque les Portugais naviguèrent sur l’Atlantique au XVème siècle, durant le règne du Prince Henri le Navigateur (d.1460) pour contourner l’Afrique et obtenir les produits de l’Inde, le Maroc était devenu un tremplin incontournable. J’explore en détails tous ces processus historiques – avant que le Portugal ne devienne une entité séparée et un des plus importants initiateurs de la traite négrière dans l’Atlantique africain – dans Black Morocco : A History of Slavery, Race and Islam (Cambridge University Press, 2013).