Génération identitaire au cœur d’une enquête édifiante d’Al Jazeera

Propos racistes et salut nazi, appels à la « mort » des Arabes, évocation d’un attentat au marché de Wazemmes « où il y a tous les gnoules de Lille »… Pendant six mois, un journaliste d’Al Jazeera a infiltré un groupe de Génération identitaire à Lille, avec une caméra cachée. La chaîne qatarienne vient d’en sortir un reportage édifiant. Martine Aubry se dit horrifiée et demande la fermeture du QG, la Citadelle.

Articles signés  Arnaud Dufresne et Lakhdar Bellaïd et publié par la voixdunord.fr, le 11 12 2018

« Mort aux Arabes », lance un des Identitaires à la Citadelle. CAPTURE D’ÉCRAN AL-JAZEERA

« Mort aux Arabes », lance un des Identitaires à la Citadelle. CAPTURE D’ÉCRAN AL-JAZEERA

« Le jour où je sais que j’ai une maladie incurable, je m’achète une arme, je fais un carnage

–  Où ?

–  Je ne sais pas, une mosquée, n’importe où. Avec une voiture-bélier.(…) Je vais au marché de Wazemmes, et je fais un carnage. Là où il y a tous les «gnoules» de Lille. Charlie Hebdo, à côté, c’est de la pisse de chien… »


Cette discussion sidérante figure dans la première partie du documentaire « Génération haine », tourné par Al Jazeera à Lille et diffusé sur YouTube depuis lundi. Pendant six mois, la chaîne qatarienne a infiltré un journaliste sous couverture dans le milieu très fermé de Génération identitaire à Lille, et notamment au sein de son QG de la rue des Arts, la Citadelle. L’homme a pu filmer en caméra cachée, à leur insu, plusieurs identitaires, dont Aurélien Verhassel, le fondateur du bar. Et si, selon la chaîne, cette longue enquête vise d’abord à démontrer des liens entre Génération identitaire et l’ex-Front National (RN, désormais) en France, elle présente aussi plusieurs militants qui profèrent des propos racistes, relevant de l’appel au meurtre, et même de l’apologie du nazisme et du terrorisme.

« Heil Hitler, gros ! »

Ainsi, outre l’épisode du « carnage » au marché de Wazemmes, on entend dans différentes séquences tournées dans la Citadelle des personnes scander des « Siegh Heil », ainsi qu’un « mort aux Arabes », prononcé lors d’une réunion. Toujours rue des Arts, différents membres assurent détenir des armes, qui seraient nécessaires « en cas d’une guerre civile contre les musulmans ». Certains se vantent aussi d’avoir frappé des personnes d’origine maghrébine. « Paf dans son crâne ! », lance un identitaire, filmé une semaine plus tôt en train de violenter une femme, rue Solférino. Et dans un bar du même secteur, on assiste à la rencontre entre deux identitaires et un jeune homme présenté comme pro-nazi. Ce dernier, semblant ivre et accoudé au zinc, salue les visiteurs par un « Heil Hitler, gros  ! ». Et on trinque au… « troisième Reich ».

Le parquet évalue la situation

Interrogé ce mardi soir, Aurélien Verhassel assure : « Il n’y a rien contre moi dans ce reportage » Il dénonce un document basé, entre autres, sur les propos de « deux paumés extérieurs ». Selon lui, des moments litigieux du film, comme un salut nazi ou des violences contre une jeune femme, « ne concernent pas la Citadelle ». Le militant identitaire accuse également Al-Jazeera de ne pas avoir traduit fidèlement ses propos.