Le débat sur l’immigration calmé par les chiffres de France Stratégie

Un rapport de France Stratégie publié en juillet permet de sortir des fantasmes liés à la question migratoire. Les immigrés coûtent très peu aux finances publiques. Et l’effet sur la croissance par tête est positif à long terme.

article d’Eric Le Boucher publié sur le site les echos.fr, le 18 10 2019

Que sait-on vraiment, au-delà des préjugés et des fantasmes, de l’immigration ? Au moment où le président de la République rouvre le débat , il faut se reporter à la précieuse étude publiée par France Stratégie en juillet, forte de chiffres, riche d’analyses et toute en nuances (1).

L’immigration a des impacts politiques, culturels, religieux que n’aborde pas le rapport. Il se concentre sur le marché du travail, les finances publiques et la croissance. Conclusion ? Il faut se garder de tout discours absolu sur l’immigration qui serait intrinsèquement « bonne » ou « mauvaise ». Parmi les nombreux facteurs qui dynamisent ou affectent l’économie et le social d’un pays comme la France, l’immigration compte en réalité peu. Elle n’a qu’un effet marginal sur le chômage et les salaires, elle coûte mais très peu aux finances publiques et au total elle n’influe que faiblement sur la croissance. Il faut espérer qu’un débat présidentiel ainsi nourri de tels constats puisse sortir du fouillis, nous faire entrer dans la pensée complexe, celle que préconise Edgar Morin, et de faire retomber la chaleur (2).

Concentration dans les métropoles

Il y a en France, 6,7 millions d’immigrés au sens de personnes nées étrangères à l’étranger (chiffre Insee 2018), soit 9,7 % d’une population totale de 67 millions. Plus d’un tiers (37 %) ont acquis la nationalité française. Les immigrés sont nés à 35 % en Afrique et autant en Europe. Ils sont très concentrés dans les métropoles, 38 % vivent dans la région parisienne. Ces statistiques sont en augmentation à peu près continue depuis 1950, avec un léger ralentissement entre 1970 et 2000 et une nouvelle accélération depuis (7,3 % en 1999). Mais ils sont inférieurs à ceux des pays comparables, dont l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Les flux d’arrivées (260.000 par an) sont également un peu inférieurs à ceux des autres pays. Selon l’Insee, un quart du total des entrants repartent (en particulier les étudiants).

« Contrairement au sentiment commun, l’impact de l’immigration sur le chômage et sur les salaires des résidents est faible »

Mais comme la France a accueilli des immigrés de longue date (4 % de sa population en 1920), elle a sur son sol une proportion plus élevée d’immigrés et d’enfants d’immigrés que les autres grands pays : 27 % selon l’Insee, ou 21 % selon les critères du Haut Conseil à l’Intégration. On comprend à ces derniers chiffres pourquoi l’opinion est devenue très sensible à la question de l’immigration.