À la recherche d’une France terre d’accueil (1/2)

Au lendemain du démantèlement de la jungle de Calais, la France compte plus de 250 centres d’accueil de migrants répartis sur le territoire national. En Saône-et-Loire, les habitants de Taizé ont accueilli une vingtaine de réfugiés.

Taizé, terminus : tout le monde descend. C’est en plein milieu de la nuit que Nemat débarque dans ce village au nord de Lyon, qui compte moins de 200 habitants. C’est la fin d’un périple de trois mois pour le jeune afghan de 26 ans, qui a fui les talibans en 2015 en traversant la Méditerranée.

Nemat, comme nombre de réfugiés s’était d’abord rendu à Calais sur conseil d’autres migrants, mais sans réelle volonté de se rendre en Angleterre. Perdu dans la Jungle, il saute sur l’occasion lorsque des policiers lui proposent de quitter le bidonville. Direction le bus, pour une destination inconnue : « personne ne m’a dit où j’allais être emmené ».

« Ils sont arrivés en plein milieu de la nuit. Personne ne voulait descendre du bus car ils étaient apeurés »

Dans le bus, Nemat voyage avec une dizaine de Soudanais ayant fui le régime ultra-violent d’Omar Bachir. Parmi eux, Ibrahim, 28 ans. À Calais, le jeune homme ne connaissait qu’un seul mot de français : « Dégage ! ». C’est ce que lui disaient tous ceux qu’il croisait dans les camps ou à la gare. Il avait fini par croire que cela voulait dire « Bonjour ! ». Le jour où il salue un policier d’un « Dégage ! », il comprend son erreur.

Le groupe arrive à la communauté monastique de Taizé. Là-bas, les frères qui les reçoivent n’en sont pas à leur coup d’essai : ils ont pour tradition de recevoir des réfugiés. Taizé a accueilli des juifs durant la Seconde Guerre mondiale et des Bosniaques à l’époque du siège de Sarajevo. Lorsque la préfecture les a contactés pour accueillir des jeunes de la jungle de Calais, les frères n’ont pas hésité.

NOUVELLES ARRIVÉES

Frère David se souvient de la première rencontre avec le groupe : « Ils sont arrivés en plein milieu de la nuit. Personne ne voulait descendre du bus car ils étaient apeurés. » Des pancartes écrites en arabe, du thé et quelques viennoiseries offertes par les habitants finissent par rassurer les réfugiés. « À Taizé, on est habitués à voir des vacanciers arriver avec d’énormes valises pour une semaine. Je me souviens avoir été choqué de les voir arriver avec de maigres sacs plastiques », raconte Ferenc Hardi, un habitant témoin de la scène.