Aux Mureaux, rencontre avec “les Croms”, une jeunesse engagée

Manon Ott et Grégory Cohen, tous deux cinéastes et chercheurs en sciences sociales, travaillent depuis 2010 au cœur de la ville des Mureaux (78). Leurs recherches et leurs rencontres les ont conduits à y réaliser plusieurs travaux. L’un d’eux, « De Cendres et de Braises », se présente à la fois comme un film documentaire (sortie au cinéma le 25 septembre) et un ouvrage de sciences sociales (parution le 19 septembre aux éditions Anamosa). Ce film et ce livre de Manon Ott interrogent le passé et le présent des habitants et de leurs banlieues. Extraits choisis.

article signé Manon Ott publié sur le site theconversation.com, le 19 09 2019

“Comment vit-on aujourd’hui dans ces anciennes banlieues ouvrières ? Des luttes sociales du passé à la précarité actuelle, que reste-t-il du monde ouvrier ? De quelles ruptures mais aussi de quelles continuités l’histoire de ce territoire est-elle tissée ? Comment les nouvelles générations voient-elles ce passé ? Qu’est-ce qui se réinvente derrière les décombres des démolitions, mais aussi dans les cendres du mouvement ouvrier ? Quels mouvements politiques plus récents ont émergé de ces quartiers ? Comment s’y engage, ou non, la jeunesse actuelle ?

À la façon d’un archéologue, il s’agissait de découvrir les couches d’histoire successives dans lesquelles prennent racine les réalités actuelles de ces quartiers mais aussi le regard qu’on leur porte afin de mieux cerner les enjeux d’autres représentations.

Pendant trois années, je me suis donc rendue régulièrement dans les cités des Mureaux, j’y ai travaillé avec les associations et rencontré de nombreux habitants, avant d’y habiter durant une année.

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Yannick, l’un des habitants des Mureaux, artiste rencontré lors du tournage du film De cendres et de braises. Manon OttAuthor provided (No reuse)

La Vigne Blanche

Au cours de nos premières années de recherche aux Mureaux, Grégory et moi avons noué des liens avec un groupe de jeunes habitants de la Vigne Blanche, ayant créé une association (CROMS) au sein du quartier. Âgés de 25 à 35 ans, certains d’entre eux ont suivi des études et presque tous travaillent. Avec leur association, ils s’engagent dans leur quartier. Ils font partie de ces invisibles.

Amis depuis l’enfance, ils sont une quinzaine – une douzaine de garçons et trois filles – et se voient régulièrement. Tous ont grandi à la Vigne Blanche. Leurs parents sont pour la plupart originaires de régions rurales du Mali ou du Sénégal.

Leurs pères ont travaillé comme ouvriers spécialisés (O.S.) sur les chaînes de Renault-Flins, où ils n’ont généralement pas connu d’évolution dans leur carrière. Leurs mères ont rejoint leurs époux à la fin des années 1970 ou au début des années 1980, dans le cadre du regroupement familial.