« Le visiomachin, je n’y connais rien ». La fracture numérique renforce le sentiment d’exclusion de millions de Français

Il y a deux ans, Amina, elle, savait à peine faire une recherche en ligne. Aujourd’hui, cette auxiliaire de vie est autonome dans ses démarches et peut aider son fils collégien. « Ça m’a sauvée », répète-t-elle, comme pour conjurer le sort, en racontant la formation suivie au centre social, tous les vendredis. En janvier, pendant les soldes, elle venait d’acheter son premier ordinateur, un petit modèle d’entrée de gamme, à 200 euros au lieu de 300, raconte-t-elle. L’auxiliaire de vie, qui connaît chaque foyer du quartier, s’inquiète toutefois pour ceux qu’elle sait « complètement déconnectés », craignant « l’effet boomerang : déjà qu’ils sont enfermés et entassés les uns sur les autres, en plus ils n’ont pas les moyens d’être connectés avec l’extérieur : ils doivent se sentir encore plus en prison dans leurs têtes ».

Accompagnement à distance

Partout sur le territoire, élus, collectivités, médiateurs de quartier, associations, équipes pédagogiques se mobilisent pour tenter de maintenir un accompagnement à distance. A Saint-Eloi-de-Fourques, village normand d’un peu plus de 500 habitants, le maire Denis Szalkowski a déjà installé quatre ordinateurs qu’il avait préalablement stockés, chez des familles qui n’en étaient pas équipées, permettant aux enfants de poursuivre leur scolarité.

Permanence téléphonique, recensement du matériel pouvant être prêté, tutoriels vidéo, distribution des devoirs dans les boîtes aux lettres, accompagnement scolaire via les réseaux sociaux… De Lannion (Côtes-d’Armor) à Tourcoing (Nord), les centres sociaux multiplient les actions. Des missions qui posent la question des risques sanitaires, malgré toutes les précautions prises. Cette situation contraint aussi à faire « à la place » des habitants plutôt qu’avec eux, regrette le directeur de la régie de quartier de Trélazé, Jamel Arfi. « On se retrouve à prendre des rendez-vous médicaux, à actualiser sur Pôle emploi, ou à commander des courses en ligne. »

De son côté, Aline espère que le confinement sera l’occasion d’une vraie prise de conscience de la fracture numérique. « Il faudrait instaurer un système qui permette aux plus précaires de bénéficier de facilités d’accès à l’équipement, suggère la mère de famille, amère. On nous a imposé la dématérialisation de toutes les démarches, mais en laissant du monde sur le bord de la route. » Envoyé depuis l’application Mail Orange