Le débat sur l’immigration calmé par les chiffres de France Stratégie

Mais contrairement au sentiment commun, son impact sur le chômage et sur les salaires des résidents est « faible », selon toutes les études recensées par le rapport de France Stratégie, en France comme dans les autres pays. Dans les pays où les mécanismes salariaux sont rigides et où le Smic est haut, comme en France, l’impact sur les salaires est nul. Mais ce constat doit être nuancé dans certains cas, par exemple sur les revenus des non-qualifiés, comme dans la construction. Les premiers concernés par une concurrence sont alors très souvent les immigrés des années précédentes.

Fluidifier le marché du travail

Dans l’autre sens, l’immigration est-elle utile lorsque les employeurs, dans les secteurs « en tension », font face à une « pénurie » de salariés ? La réponse qui conduirait à des politiques de « quotas » n’est pas claire, par manque d’études. Les économistes recommandent à la France d’abord de fluidifier son marché du travail et de former les non-qualifiés, souvent les immigrés déjà sur place, avant d’en faire venir d’autres.

Les conséquences de l’immigration sur les finances publiques sont faibles. Deux études disponibles (OCDE et CEPII) concluent à un léger coût (environ – 0,3 % point de PIB) pour une raison compréhensible : les immigrés ont des salaires, donc des cotisations, plus basses (d’environ 15 %). L’âge plus faible des immigrés devrait conduire à un rééquilibrage dans le futur (ils paieront les retraites de tous) mais ce dividende démographique sera plus faible en France qu’ailleurs du fait du chômage plus élevé de cette population.

« L’interdiction des statistiques ethniques en France (…) se retourne contre les populations immigrées et devient paralysante pour la puissance publique »

Les conséquences sur la croissance par tête sont positifs selon les économistes, à cause de l’augmentation de la population active qui stimule la consommation et l’investissement. L’examen empirique confirme un effet positif, mais il est très dépendant du niveau de qualification des entrants et ne joue qu’à long terme.

Le rapport de France Strétégie demande à la puissance publique de commander des suivis réguliers des trajectoires des populations d’immigrés. J’ajouterais que l’interdiction des statistiques ethniques en France « pour ne pas discriminer » se retourne contre les populations immigrées et devient paralysante pour la puissance publique. Elle laisse courir les erreurs, les fantasmes et les aveuglements. Sur le terrain économique et social, l’immigration ne mérite pas ces fureurs.

Eric Le Boucher