Ils construisaient leurs maisons tous ensemble puis les tiraient au sort : l’histoire des Castors


Pour Martine Bourgelas et Francis Fondeville, qui ont tous les deux grandi à Pessac, cette solidarité était bien vivante et ne relève pas de la légende dorée. “Il y avait une vie communautaire assez importante pendant quelques années, avec une coopérative alimentaire tenue par les Castors. Les femmes se sont occupées avec la CAF de mettre en place des cours de gym, des leçons de piano, des consultations pour les nourrissons”, raconte Martine Bourgelas.

Tous deux sont revenus vivre dans le quartier il y a quelques années, dans les maisons construites par leurs parents. Une quinzaine de maisons sont encore habitées par les épouses des Castors. Une trentaine d’habitants sont aussi des enfants, petits-enfants ou neveux des Castors. Le reste des maisons a été racheté par des personnes extérieures, mais l’association s’efforce de faire vivre cette histoire dont il reste encore quelques traces. Ainsi, le château d’eau est géré par une équipe de bénévoles, et chaque habitant doit adhérer au syndicat qui gère la distribution d’eau et les espaces verts.

Le château d’eau toujours en activité. © Association culturelle des Castors de Pessac

Faire vivre l’esprit castor

Le Mouvement Castor, lui, a commencé à décliner à partir de 1955, avec la nouvelle politique d’urbanisation, le début de la construction de grands ensembles et l’abrogation du principe de l’apport-travail. Mais le mouvement n’a pas non plus totalement disparu. L’habitat participatif, qui consiste pour plusieurs particuliers à se regrouper et à faire construire leur immeuble selon leurs plans, en prévoyant des espaces communs, en est la meilleure expression.

L’entraide sur un chantier participatif en 2019. © Association des autoconstructeurs Castors Rhône-Alpes

Des associations locales encouragent également toujours l’autoconstruction sous l’appellation Castor, à l’image de celle dont fait partie Eric Torterau en Rhônes-Alpes. “On s’est efforcés de garder l’esprit d’entraide”, explique-t-il, listant les différents services apportés bénévolement : conseils aux particuliers qui veulent rénover ou construire leur maison eux-mêmes, entretien d’un réseau de fournisseurs et de professionnels, organisation de chantiers participatifs, groupement d’achat de matériaux pour obtenir des réductions… Avec également une dimension nouvelle : l’écologie. Après tout, les maisons des premiers Castors étaient déjà très innovantes pour leur temps. Il est donc dans la logique des choses que les nouveaux autoconstructeurs continuent de montrer la voie.

Pour aller plus loin :

L’esprit Castor, mythe et réalité, article de Caroline Bougourd sur le site Strabic

L’Esprit Castor, livre de Michel Messu paru aux Presses Universitaires de Rennes, sur le cas de la cité de Paimpol