Ils construisaient leurs maisons tous ensemble puis les tiraient au sort : l’histoire des Castors

TÉMOIGNAGES – Après la seconde guerre mondiale, le manque de logements était criant. Des particuliers se sont alors regroupés pour construire ensemble leurs maisons. Voici ce qu’il reste du travail des Castors

article par Lisa Hör sur le site 18h39.fr le 20 01 2020

Construire soi-même sa maison, quand on n’est pas du métier, cela peut sembler mission impossible. Et pourtant, c’est ce qu’ont fait des milliers de Français dans les années 1950, avec le Mouvement des Castors. Des agriculteurs, des cheminots, des ouvriers… sont devenus des autoconstructeurs.

Ils sont même allés encore plus loin : plutôt que se concentrer sur leur maison individuelle, ils se sont regroupés pour construire ensemble des quartiers entiers. “Les gens qui travaillaient sur les maisons ne savaient pas si c’était la leur ou celle du voisin, une fois qu’elles étaient terminées, elles étaient tirées au sort”, explique Eric Tortereau, co-président de l’association des autoconstructeurs Castors Rhône-Alpes.

Cet élan de solidarité est apparu dans un contexte bien particulier“Quand on en parlait avec nos parents, ils nous disaient que ce n’était pas si extraordinaire que ça, que c’était l’après-guerre et ainsi de suite, raconte Francis Fondeville, 70 ans, lui aussi fils de Castor, aujourd’hui secrétaire d’un fonds d’archives sur le mouvementC’est surtout notre génération à nous qui met en avant cet héritage.”


Alors, à quoi a ressemblé cette aventure, peu connue du grand public et relativement peu étudiée par les historiens ? Et surtout, qu’en reste-t-il aujourd’hui, alors que la plupart des premiers témoins ont disparu ?

Des pavillons tout confort
Lors de la seconde guerre mondiale, 452 000 immeubles ont été totalement détruits, 1 436 000 ont été endommagés, soit le cinquième du patrimoine existant rappelle Michel Messu, dans son livre L’Esprit Castor (Presses Universitaires de Rennes, 2007). “C’était d’un véritable “plan d’urgence” dont avait besoin la nation. Il se fera attendre”, écrit le sociologue. Alors que l’Etat tardait à reconstruire, les Castors ont apporté leur propre réponse à cette crise du logement, en appliquant partout un même adage : “l’union fait la force”.

Cette vidéo retrace les grandes lignes de cette histoire

Si en 1950 est fondée l’Union Nationale des Castors, chaque expérience a été différente et chaque association locale a sa propre légende. À Pessac, en Gironde, l’impulsion a été donnée par un prêtre ouvrier, Etienne Damoran, militant syndicaliste et catholique. 150 couples se sont regroupés autour de lui pour “construire la cité de leurs rêves” et devenir propriétaires, raconte aujourd’hui Martine Bourgelas, 72 ans, présidente du Fonds Roger Blanc et de l’association culturelle des Castors de Pessac. En 1950, elle a donc emménagé avec ses parents dans la toute première Cité Castor.