Ils construisaient leurs maisons tous ensemble puis les tiraient au sort : l’histoire des Castors

“C’étaient de petites maisons de 100 m2, avec une chaudière à charbon et le chauffage central, une salle de douche, un bac à laver pour le linge, des wc à l’intérieur, le tout-à-l’égout, une cuisine avec évier, de grandes fenêtres, la possibilité d’aménager une troisième chambre, un jardin avec des arbres fruitiers”, énumère-t-elle.

Pendant le chantier, en 1950. © Association culturelle des Castors de Pessac

Un petit paradis, pour l’enfant qu’elle était alors : “Comme les familles étaient assez nombreuses, ça grouillait d’enfants. Ils étaient surveillés par tous les voisins. On était entourés de forêts, c’était la liberté totale.”

Des heures de travail en commun
Comment ce niveau de confort, bien supérieur aux standards de l’époque, a-t-il été possible ? Les autoconstructeurs avaient tous un métier par ailleurs, ils étaient intégrés socialement. Mais ils n’avaient pas les moyens de financer les matériaux et les terrains eux-mêmes.“Imaginez des jeunes de 25 ans qui vont voir un banquier pour obtenir un prêt pour 150 maisons, imaginez la tête du banquier ! Leur idée a été de garantir le prêt par le travail collectif, ça a servi d’apport personnel”, explique Francis Fondeville.

Chaque Castor s’engageait à être présent un certain nombre d’heures sur le chantier, le soir, les week-ends et pendant ses congés. C’est le concept d’apport-travail, reconnu et soutenu par une décision interministérielle. Ce travail était ensuite comptabilisé, semaine après semaine, par un responsable de l’association. Si le quota d’heures n’était pas respecté, les Castors prenaient le risque d’être exclus et de ne pas avoir le droit à une maison.

Si des artisans professionnels pouvaient intervenir ponctuellement, la tâche restait considérable. “Quelqu’un qui travaillait 50 heures par semaine pouvait donner 10 heures de travail en plus sur le chantier. Beaucoup de gens qui se sont lancés ont abandonné. Ça a été le cas de mon beau-père. Construire sa maison en plus de son travail, ça a été trop dur”, complète Eric Tortereau.

La solidarité à l’échelle du quartier

La solidarité la plus visible, et la plus mise en avant, est donc celle de ces pères de famille à l’œuvre sur les chantiers. Mais en parallèle, leurs épouses assument la logistique du quotidien, s’occupent des enfants pendant leur absence. Elles “jettent les bases de la vie sociale future de la cité”, comme l’écrit Michel Messu, que ce soit en organisant les repas communs du week-end sur les chantiers, ou en partageant avec les voisins les premiers éléments de confort, machines à laver et téléphone, une fois les maisons construites.