Comment élever son fils pour qu’il ne devienne pas sexiste mais féministe ?

C’est au moment de l’entrée à l’école que ça a lieu. Ce petit garçon dont la première grande amie fut une fille et qui jouait indifféremment avec ses figurines “Reine des neiges” et “Livre de la jungle” se transforme en chantre de la masculinité.

Son petit frère, encore à la crèche, une douceur toute ronde surnommée “pomme poussin”, se met par mimétisme à crier “à l’attaque” et “à l’abordage” en dévalant les rues pavées et ne porte plus qu’un T-shirt Spider-Man heurtant. Ou l’autre, avec “un dragon feu”.

Le soir, l’aîné, en moyenne section de maternelle, vous raconte que lui et ses potes sont poursuivis dans la cour par une petite fille qui veut leur faire des bisous et qui chante du Balavoine, “Qu’est ce qui pourrait sauver l’amour” − pour déconcentrer leurs jeux de bagarre.

Quand on lui répond que cette petite fille a l’air d’être un génie, qu’elle mériterait un portrait en der de Libé, il entre dans une colère noire et lance des coups de pied en l’air (c’était pas la bonne réponse).

Plus tard, les deux garçons dessinent. L’aîné commente. “Maman, là, il y a un gentil qui a un sabre laser. Et un pistolet qui lance des lasers. Des rayons laser. C’est la guerre.” OK, cool. Je me tourne vers le petit. Et toi, c’est quoi ces traits rouges alors ? “Un gros soldat de Napoléon.”

Silence. Bon. C’est l’horreur et c’est tout à fait normal.

Recyclage

Sachez-le, cette genrification soudaine et radicale de vos enfants est banale. L’une des explications : l’entrée à l’école.

Julie Pagis, chercheuse en sociologie politique au CNRS, qui a écrit “l’Enfance de l’ordre” (Seuil), s’exclame :

“Quand ses enfants se transforment comme ça, on se dit ‘mais c’est une catastrophe, c’est dans les gènes !’ Mais non, c’est l’école.”

La chercheuse explique dans son livre que les enfants recyclent les injonctions domestiques (sois propre, tiens-toi bien) pour construire leur modèle social. C’est la raison pour laquelle ils vantent les mérites d’une société hygiéniste et sécuritaire. Mais ce n’est pas tout.

“Les enfants recyclent aussi les injonctions quotidiennes de leur groupe de pairs, dont la principale est de ne pas déroger aux normes de sa classe de sexe. Il y a sanction dès qu’il y a déviance de genre. C’est raconté dans le livre : j’ai vu un petit garçon devoir se justifier parce que son slip était violet… Trop proche du rose.”

Alors que doit-on/peut-on faire, en tant que parent, pour contrebalancer ce modelage spectaculaire (sachant qu’il ne s’agit pas de dire ici que seule une réponse individuelle est souhaitable) ?

“Laissez-les pleurer”

Acheter une poupée au plus petit, faire de “Ce rêve bleu”d’Aladin l’hymne du bain (toi aussi, jeune mâle, apprends l’amour dégoulinant), arrêter d’acheter des T-shirts super-héros, inviter la petite fille qui chante du Balavoine à la maison (il a l’air de bien l’aimer, en fait), expliquer aux garçons que notre corps de mère n’est pas à leur disposition pour s’y lover ou y grimper (“là je fais autre chose, t’as vu ?”).