Mame, 26 ans :« « Le périph n’est pas une barrière infranchissable »

Voix d’orientation. Le Monde Campus et La ZEP, média jeune et participatif, s’associent pour donner la parole à des étudiants sur leurs parcours d’orientation. Ce sont eux qui rédigent, dans le cadre d’ateliers d’écriture encadrés par des journalistes, leur témoignage.

Aujourd’hui, Mame, 26 ans, expose comment les études supérieures l’ont amené à voyager, autour de la planète comme entre les milieux sociaux.

article publié sur le site lemonde.fr/campus, le 02 07 2019

« J’ai grandi en banlieue parisienne, à Neuilly-sur-Marne, une ville de Seine-Saint-Denis assez mixte socialement. En primaire, j’ai déménagé dans la partie la moins favorisée de ma ville, et j’y habite toujours, chez mes parents.

De 6 à 16 ans, je voulais devenir pilote de ligne. Parcourir le monde aux manettes d’un jumbo-jet était mon rêve. Je me voyais déjà traverser les aéroports du monde entier, paré des galons de commandant de bord sur les manches et les épaules.

Quelques fâcheries avec les matières scientifiques au lycée et l’envie de changer le monde ont modifié mon itinéraire. Mais l’envie de voyager est restée et, lycéen, je me suis promis de le faire autant que possible. Quand j’étais en première S section britannique à Noisy-le-Grand, ma professeure d’anglais m’a proposé de participer aux « Jeunes Ambassadeurs », un programme de l’ambassade des Etats-Unis à destination de lycéens français engagés dans l’associatif. J’ai postulé avec beaucoup d’enthousiasme, et j’ai été pris. Je suis parti deux semaines aux Etats-Unis. Je ne me doutais pas que cette expérience, au-delà du voyage en lui-même, me permettrait de découvrir de nouveaux univers, d’élargir mes horizons scolaires et professionnels.

Après mon bac, je me suis inscrit en licence d’économie à l’université Paris-I. En novembre 2012, à la veille de mes 20 ans, le Conseil économique social et environnemental (CESE) avait invité certains anciens du programme « Jeunes Ambassadeurs » à discuter. J’y ai rencontré Saïd Hammouche, fondateur de l’association Mozaïk RH, un cabinet de recrutement associatif qui promeut la diversité en entreprise. Je ne me doutais pas que démarrait ainsi mon périple professionnel : à l’été 2013, j’ai commencé mon premier stage chez eux.

Un stage et un service civique

Ce fut la découverte du monde du travail. Une expérience réjouissante, lors de laquelle j’ai pu développer des compétences en matière de ressources humaines et d’analyse statistique. De ce stage a découlé la suite de mon parcours. C’est par Mozaïk RH que j’ai pu obtenir mon second stage au sein d’une mission locale, notamment pour accompagner des jeunes en recherche d’une alternance. C’est ensuite par la mission locale que m’est venue l’idée de faire un service civique chez Starting-Block, une association de sensibilisation par le jeu aux problématiques du handicap, de l’environnement et de solidarité internationale.

J’y ai gagné de la confiance en moi. Fort de ces expériences, et de ma fonction de président de l’association des Jeunes ambassadeurs Alumni, j’ai pu préparer et obtenir le concours de Sciences Po Paris.

En intégrant Sciences Po, j’ai commencé un nouveau voyage. Au sein de mon master en management public international, la pratique de l’anglais, chaque jour, constituait déjà un premier moyen de me sentir ailleurs. Cela me faisait bizarre et en même temps me rendait un peu fier de devoir pratiquer l’anglais dans les rues de Paris. C’était nécessaire : mes nouveaux amis venaient des quatre coins du monde.

Vittoria et Betta, mes amies italiennes, m’ont invité à séjourner dans leur Toscane natale. Un séjour génial ! Il y avait aussi Andy, mon ami américain républicain, avec lequel je débattais passionnément de l’élection américaine. C’est aussi à ce moment-là que j’ai eu l’occasion de partir en stage pendant sept mois à Singapour, et de voyager comme jamais auparavant : Hô Chi Minh-Ville, Kuala Lumpur, Surabaya, Bangkok, Phnom Penh, Angkor… Là aussi, une expérience géniale. L’accomplissement de mon rêve de gosse, la découverte de contrées lointaines.

« Le périph n’est pas une barrière infranchissable »

Depuis un an, je suis consultant dans un cabinet d’audit et de conseil. Je travaille auprès des collectivités publiques locales sur les politiques publiques en matière de logement et d’insertion. Mais tout au long de ces années, le voyage le plus riche, le plus inattendu et peut-être le moins simple, a été celui que j’ai réalisé entre différents univers sociaux.

Passer de la réalité de Neuilly (sur-Marne, pas sur-Seine : c’est pas la même chose !) aux salons de l’ambassade américaine, aux salles de cours de Sciences Po, aux brunchs avec mes amis du monde entier a nécessité une certaine gymnastique intellectuelle et mentale.

Cela m’a fait grandir, m’a appris à m’adapter à différents univers. Même si, à force de vouloir m’adapter, il m’était parfois difficile de savoir qui j’étais.

J’ai réalisé que, après tout, les différences d’un milieu social à l’autre ne sont pas si grandes qu’on veut parfois nous le faire croire. Que le périph n’est pas une barrière infranchissable, comme cela arrangerait certains. Et que certaines contrées qui nous paraissent parfois lointaines ne le sont pas toujours. »