Discrimination à l’embauche : une réalité mondiale qui pèse sur nos sociétés

Selon cette source environ la moitié des répondants en Argentine (48 %), en Nouvelle-Zélande (49 %), aux États-Unis (52 %) et au Rwanda (53 %) sont d’accord pour que les employeurs embauchent en priorité les non-immigrés.

Une proportion beaucoup plus élevée de citoyens d’autres pays comme la Jordanie (93 %), le Qatar (87 %), les Philippines (80 %) et la Pologne (71 %) partagent cette opinion.

Consommateurs et collègues : tous discriminants

Contrairement à une idée très largement répandue dans l’opinion publique, les employeurs ne sont pas les seuls responsables des comportements discriminatoires à l’égard des immigrés.

Depuis les travaux pionniers de Gary Becker, lauréat du prix Noel d’économie, notamment son ouvrage célèbre The Economics of Discrimination, publié en 1957, on sait que la sous-représentativité de certains groupes d’individus sur le marché de travail résulte de ce que l’auteur qualifie de « goût personnel pour la discrimination » de trois acteurs : les employeurs, les employés et les consommateurs.

Ce goût pour la discrimination traduit les préférences des employeurs à embaucher les personnes appartenant à un groupe spécifique plutôt qu’un autre, ainsi que l’aversion des employés et des consommateurs de travailler ou d’être en contact avec les personnes membres du groupe discriminé.

Or, le comportement de ces deux groupes sera relayé par l’employeur au moment du recrutement.

Les hommes plus favorables aux discriminations que les femmes

Lors d’une étude publiée en avril 2018, – s’appuyant sur une enquête réalisée entre 2010 and 2014 dans 53 pays soit un total de 78 743 personnes interrogées – j’ai par ailleurs montré que la préférence pour la discrimination à l’embauche à l’égard des immigrés  est plus forte chez les personnes relativement moins instruites, plus âgées et celles qui se positionnent à droite de l’échelle idéologique gauche-droite. Et, que les hommes sont plus favorables à cette forme de discrimination que les femmes. C’est également le cas des personnes qui manifestent une grande xénophobie à l’égard des immigrés.

L’étude montre également que l’idée de proposer un emploi à un « natif » demeure une tendance plus forte parmi les citoyens des pays où le solde migratoire est négatif, c’est-à-dire où les départs « émigration » excèdent les arrivées « immigration » et une population immigrée relativement faible en termes de proportion par rapport à la population résidente.

C’est ainsi le cas de pays comme le Yémen, de l’Égypte, du Ghana, des Philippines, la Colombie, la Roumanie, la Pologne, le Nigéria et le Mexique. À l’opposé, en général, les citoyens de pays dont le solde migratoire est positif, c’est-à-dire où les arrivées « immigration » excèdent les départs « émigration » et une population immigrée relativement importante comme la Suède, l’Allemagne, les Pays-Bas, les États-Unis, l’Australie et l’Afrique du Sud semblent être beaucoup moins favorables à la discrimination des immigrés en matière d’embauche.

« Bureau d’occupation illégale » en bahasa (Indonésie). Difficultés d’accès au marché de l’emploi poussent certains migrants vers les filières informelles et alimentent le ressentiment d’une couche de la population. lamuklamuk/Pixabay

La théorie de contact intergroupe, développée par Gordon Allport (1954)fournit une explication à ce résultat qui peut paraître contre-intuitif.