L’Algérie, ancienne championne de la lutte anti-coloniale, expulse maintenant les migrants africains

Article publié par  Global voices en Français

L’actualité pointe encore ses feux sur les mauvais traitements et expulsions dans des conditions inhumaines des migrants en provenance d’Afrique sub-saharienne vivant en Algérie. Les autorités sont allées jusqu’à prendre des mesures extrêmes. C’est ainsi qu’avant de se ressaisir et de s’excuser, la Direction des Transports de la wilaya de Mostaganem, avait publié une directive le 27 septembre interdisant “strictement” aux chauffeurs de bus et de taxis  effectuant de longs trajets de transporter les “migrants illégaux”. Cette circulaire avait été largement partagée et dénoncée par les internautes et les chauffeurs eux-mêmes qui la considéraient “raciste” et “xénophobe”.

Mehdi Alioui chargé des blogs à huffpostmaghreb.com signale les tweets de plusieurs Algériens qui dénonçaient cette directive avant son annulation et rapporte :

La directive a vite fait scandale, chez les internautes et les transporteurs. Le communiqué a été qualifié de “raciste” et “xénophobe”.

Des chauffeurs ont vivement réagi à cette instruction, estimant que cette instruction était “inapplicable”. “Mais quand même on n’est pas des racistes! Je n’ai pas le droit moi de dire aux passagers qui me tendent leur ticket: hé toi ! montre-moi tes papiers ! Ça c’est le travail des gendarmes ou de la police”, s’exclamait un receveur à la gare routière de Carroubier à Alger.

Les razzias dans les rues et expulsions de migrants sub-sahariens, cependant, continuent. Dans un billet publié par sahel-intelligence.com, Frédéric Powelton décrit les conditions dans lesquelles les arrestations et les expulsions sont faites sans distinction entre migrants légaux et clandestins :

Plusieurs dizaines de migrants clandestins ont été emmenés de force dans le sud algérien avant d’être expulsés sans eau ni nourriture par les forces de l’ordre algériennes, une initiative qui passe mal au niveau humanitaire puisque ces expulsions se font en plein désert.

Dans un nouvel élan raciste, les autorités algériennes ont débuté cette semaine une vague d’expulsion de migrants subsahariens. Les forces de l’ordre ont en effet mené plusieurs arrestations, en vue de renvoyer hors d’Algérie les migrants d’origine subsaharienne. Ces captures se font sans distinction entre les migrants illégaux et ceux ayant une situation régulière.

Ces initiatives s’articulent autour de deux axes majeurs. Dans un premier temps, les forces de l’ordre algériennes mènent des razzias dans plusieurs villes du nord du pays afin de capturer les migrants subsahariens. Après les avoir regroupés, ces derniers sont ensuite acheminés vers le sud du pays avant d’être relâché en plein désert…

La communauté internationale s’inquiète de plus en plus de la voie empruntée par Alger concernant la lutte contre l’immigration illégale.

JULIEN D. confirme ces arrestations dont certaines sont faites au lieu de travail des migrants ou dans la rue, fournit d’autres précisions et relève que ce  n’est pas la première fois que les autorités algériennes se comportent ainsi :ockquote>Cette semaine, de nombreux migrants ont été arrêtés par la police dans les rues ou sur leurs lieux de travail. Essentiellement d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, ils ont été conduits par bus à Tamanrasset dans le sud du pays. Détenus durant plusieurs jours, ils seront relâchés à la frontière sud de l’Algérie sans leur notifier la destination exacte. Ce qui contribue à créer une véritable inquiétude pour plusieurs organisations des droits de l’homme.