les travailleurs chinois de la première guerre mondiale

Certains héros de guerre sont moins célébrés que d’autres. Les 140 000 travailleurs chinois venus participer à l’effort de guerre à partir de 1916 en font partie.

publié sur le blog la petite banane   

e documentaire de Karim Houfaïd, « Les Travailleurs Chinois de la Grande Guerre », leur rend hommage. A l’occasion des commémorations du centenaire, son travail sera présenté en partenariat avec l’Association des Jeunes Chinois de France dans le cadre de débats et d’échanges en milieux scolaires pour sensibiliser les Français à cet épisode oublié de notre histoire commune.

L’HISTOIRE MÉCONNUE DE LA PREMIÈRE COMMUNAUTÉ CHINOISE EN FRANCE

En pleine « Grande Guerre », face au manque de main d’œuvre et de l’enlisement au front, des ouvriers chinois sont recrutés dès 1915 à travers des missions, dont la China Labour Corp. Sélectionnés sur des critères de robustesse physique à partir des concessions françaises et britanniques basées sur tout le territoire chinois, ces hommes sont tentés par la promesse d’une vie meilleure loin de leur pays en proie aux prémices vacillantes de la Première République de Chine après plusieurs décennies de colonisation suite aux Guerres de l’Opium et l’effondrement de la dernière Dynastie.

Ces 140 000 travailleurs chinois ignorent qu’ils matérialisent une monnaie d’échange diplomatique afin que la Chine récupère la région stratégique du Shandong, au Nord-Est du pays, sous emprise allemande depuis la fin du XIXème siècle (d’où la bière Tsingtao, brassée dans la ville éponyme) et occupée partiellement par les Japonais depuis le début de la guerre.

TRAVAUX MILITAIRES ET DISCRIMINATIONS

Après un voyage périlleux, pour beaucoup à travers le Canada, ces ouvriers chinois découvrent à leur arrivée en Europe la nature largement militaire des tâches auxquelles ils sont affectés : déminage, creusées des tranchées, usines d’armement, nettoyage des champs de bataille… De nombreux camps de travailleurs chinois sont établis le long du Front de l’Ouest, les exposant aux bombardements d’artillerie lourde.

A la désillusion s’ajoutent des discriminations : des Chinois sont parqués dans des baraquement insalubres, mal nourris et payés aléatoirement. Des grèves d’ouvriers chinois sont sauvagement réprimées. Les contacts avec la population locale leur sont parfois interdits et le droit d’aller et de venir placé sous surveillance.

Daryl Klein, Second Lieutenant de la China Labour Corps publiera ses mémoires en 1919 retraçant ses états de services: « With The Chinks » (« Avec les Chinetoques »). Rien que le titre en dit long sur la considération de ces travailleurs coolies.

MORTS POUR « RIEN »

Les historiens ont estimé le nombre d’ouvriers chinois disparus à 30 000. Coup de théâtre au lendemain de la victoire des Alliés : la région convoitée du Shandong est attribué par le Traité de Versailles au Japon. La délégation chinoise refuse de s’asseoir à la table des négociations des vainqueurs. Sur la Place Tiananmen le 4 mai, une manifestation étudiante s’offusque du traitement de la Chine par les puissances occidentales. Cet incident marque un véritable tournant de la diplomatie internationale de la Chine.