Le déni de réalité des violences sexuelles …

 

On ne peut aisément s’improviser défenseur de la cause des femmes. Il y a quelques années, les affiches d’un candidat à des élections locales interpellaient les électeurs de New Delhi avec une question: Pourquoi les femmes ne se sentent pas en sécurité sur les routes de Delhi? Plus bas sur l’affiche, figurait la solution en gros caractères: La réponse, c’est nous! Le slogan fut amplement moqué, donnant l’impression que le candidat et ses suppléants avouaient être une bande de maniaques rôdant sur les routes à la recherche de femmes isolées.

 

En France aussi, on a constaté quelques maladresses confondantes avec #Balancetonporc. Ce fut le cas de Laurent Bouvet, professeur d’université et ambianceur Twitter, qui invita à détourner les projecteurs des femmes victimes d’agressions sexuelles, pour mettre en valeur les gentlemen à la conduite irréprochable: « Et un hashtag #balancetonmecsupercool pour mettre en valeur les hommes qui ne se conduisent pas comme des porcs? » Alors que s’ouvraient les vannes de la parole féminine, cette invitation à ne considérer que des hommes, qui plus est pour les féliciter, couvrit de ridicule son auteur. Quelques semaines plus tard, Bouvet rattrapa son faux pas: il retweeta le message de Henda Ayari, qui accuse le prédicateur Tariq Ramadan de l’avoir violée, au sujet de #BalanceTonPorc: « sans cette campagne contre le harcèlement sexuel je n’aurai jamais pu trouver la force de parler ». Avait-il changé d’avis? La raison du retweet est plus probablement à chercher dans l’identité de l’agresseur présumé. Une récupération politique à peine déguisée, qui trahit une incompréhension complète d’une campagne visant à montrer que les violences peuvent atteindre toutes les femmes, quel que soit leur milieu socio-culturel.

Ici comme en Inde, le sujet des violences sexuelles est pris en otage dans des polémiques identitaires. Les journalistes défendant les droits des femmes sont l’objet d’attaques virulentes sur les réseaux sociaux. C’est le cas de Neha Dixit, connue pour ses enquêtes sur des viols collectifs et des trafics de femmes. « Les trolls diffusent des photos de mes enfants sur internet. Ils m’envoient des clichés de leurs parties génitales. Je reçois tous les jours des menaces de viol, c’est devenu une routine.«  Le procédé fait penser au harcèlement dont fut récemment victime la journaliste Nadia Daam, après avoir soutenu une initiative contre le harcèlement de rue.

Les trolls reprochent à la presse de monter en épingle les sujets sur les violences sexuelles afin de nourrir un agenda secret: détruire la société hindoue, en vilipendant le mâle indien. De telles hypothèses semblent tirées par les cheveux; on a pourtant bien en France offert le micro à un Finkielkraut affirmant que « l’un des objectifs de la campagne #Balancetonporc était de noyer le poisson de l’islam« . Ici et ailleurs, le déni de réalité a encore de beaux jours devant lui.