Vaccination : des mouvements religieux à l’origine de la méfiance anti-vaccins

Sur les réseaux sociaux, c’est un succès : la pétition récolte 700 000 signatures en un mois. Aujourd’hui, le Pr Joyeux anime régulièrement des conférences : en trois ans, il a su conquérir une audience vaste et fidèle. « Le public qui adhère à son discours est un mélange de personnes revendiquant une « écologie profonde » et de gens assez proches de l’extrême droite. Dont une partie assez importante de catholiques. La trame commune, c’est une idéologie conservatrice et une crainte du transhumanisme« , précise Lucie Guimier.

Pari gagné pour le Pr Joyeux : il a su rallier à sa cause des profils sociologiquement variés, liés entre eux par une peur partagée. « Avant, les anti-vaccins venaient plutôt de milieux favorisés. Mais on constate aujourd’hui une évolution, un inversement de la situation. Ce ne sont pas forcément les gens les plus cultivés qui se méfient des vaccins. Certains vivent dans une grande précarité, et utilisent les réseaux sociaux, ce qui favorise la montée du complotisme. C’est une population qui va écouter ce qu’on lui dit sur Snapchat ou Facebook« , explique Lucie Guimier.

La défense de libertés individuelles au coeur de l’idéologie anti-vaccinale

Beaucoup de personnes séduites par le discours d’Henri Joyeux ont par ailleurs des idées plutôt conservatrices – à l’image même du discours de l’ancien professeur de cancérologie. Celui-ci a en effet été président de l’association Familles de France de 2001 à 2013. Une association notamment connue pour ses positions homophobes et traditionnalistes. « Aujourd’hui, ces personnages ont de plus en plus recours aux valeurs conservatrices dans leurs discours sur la santé« , indique le Dr Guimier. Elle situe ce tournant à l’année 2013, date de la promulgation de la loi Taubira, qui autorise le mariage entre personnes de même sexe. « La Manif pour tous (LMPT) a eu un vrai impact, et elle a été récupérée« , précise-t-elle.

Aujourd’hui, LMPT a donné naissance à plusieurs collectifs et associations, dont Sens commun, organisation politique de droite dure, ce qui a participé à son institutionnalisation. L’opposition de LMPT à la gestation pour autrui (GPA), à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes homosexuelles ou à ce qu’elle qualifie de « théorie du genre » trouve un réel écho chez une partie non négligeable de la population. Et cette opposition frontale est totalement compatible avec le discours anti-vaccins, dans la mesure où LMPT refuse toute altération médicale du corps qu’elle pourrait juger « contre-nature ». Dans ce contexte, les arguments du Pr Joyeux font mouche, et sont répétés, amplifiés. Et les idéologies véhiculées par des mouvements comme la Fraternité Saint-Pie-X et l’anthroposophie séduisent de plus en plus.

Pour Lucie Guimier, le succès de ces idéologies est rendu possible par l’apparition d’une conscience collective. « Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, » explique-t-elle. Cet argument va souvent de pair avec une propagation de théories complotistes, motivées par l’idée que « toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs »« Sont régulièrement visés l’Etat et les laboratoires pharmaceutiques, accusés d’empoisonner sciemment la population. Des arguments « dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché« , explique Lucie Guimier.