Malgré que les États-Unis soient considérés comme la plus grande puissance mondiale et soient un Etat considéré comme étant développé, le mariage infantile reste légalisé dans la majorité du territoire états-unien. Entre 2000 et 2021, 315 000 mariages d’enfants ont été recensés aux États-Unis. Comment une démocratie développée peut-elle tolérer ces pratiques ?
Selon l’article 1 de la convention internationale des droits de l’enfant, un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de 18 ans. Aux États-Unis, 96 % des mineurs mariées ont 16 ou 17 ans, mais certains sont âgés de 10 ans. La grande majorité des mineurs, 86 %, sont des filles mariées à des hommes adultes.
Malgré une baisse continue des mariages infantiles depuis 2004, grâce à la mobilisation citoyenne, passant de 24 791 enfants mariés à 1717 en 2021, ces mariages sont encore trop nombreux. Pour de nombreux citoyens états-uniens, le mariage des mineurs est une réalité lointaine associée à des pays étrangers. Ce sujet est invisibilisé dans beaucoup de domaines notamment durant les campagnes présidentielles car il relève de la compétence des États fédérés. Pourtant, c’est une réalité bien légale dans certains États.
Mais il est d’autres aspects sur lesquels, « l’observatoire du droit des femmes » souhaite revenir qui affectent particulièrement les droits des filles avec une disparité entre les Etats sur la légalisation du mariage infantile.
Que dit le droit ?

Les États-Unis n’ont pas ratifié la convention internationale des droits de l’enfant interdisant le mariage infantile. Pourtant, cette convention est la plus ratifiée des traités relatifs aux droits humains avec 196 ratifications, l’unique État manquant est les Etats-Unis.
Il n’existe aucune loi nationale interdisant le mariage infantile. La fixation de l’âge légal du mariage relève de la compétence des États fédérés et non de l’État fédéral. Cette compétence fait que l’âge minimum légal est différent selon la législation de chaque État.
Le projet de loi sur la prévention du mariage des enfants a été présenté au Congrès états-unien en août 2024, sous l’administration Biden, et renvoyé à la commission judiciaire du Sénat. Toutefois, depuis l’administration du nouveau président Donald Trump, aucune mesure n’a été prise. En 2014 déjà, l’ancien président Barack Obama avait qualifié le mariage des enfants de « menace aux droits humains fondamentaux », toutefois aucune interdiction légale nationale n’a eu lieu.
Le gouvernement des États-Unis se sont engagés à interdire le mariage des enfants d’ici 2030, pour suivre l’objectif des Nations Unies. Or, cet engagement est loin de la réalité.
Les États interdisant le mariage infantile : une minorité

Seulement 17 États sur les 50, plus Washington DC, interdisent le mariage infantile en fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans sans aucune exception. L’Oklahoma est devenu, le 13 mai 2026, le 17ème État à interdire le mariage des enfants. Auparavant, au sein de cet État, il était inscrit, à la disposition 43-3 du code de l’Oklahoma, que toute personne de moins de 16 ans est expressément interdite d’entrer dans une relation matrimoniale sauf autorisation du tribunal si la femme est enceinte ou si elle a donné naissance à un enfant. Cette exception légalisait tout mariage en dessous de 16 ans. Cette disposition a permis le mariage d’environ 3452 mineurs qui ont été mariés entre 2000 et 2021.
Sur les 17 États imposant l’âge légal de 18 ans, le Delaware et le New Jersey ont été les premiers États à mettre fin complètement au mariage des enfants en 2018, suivis par les Samoa américaines. Les îles Vierges américaines, la Pennsylvanie et le Minnesota ont ensuite suivi en 2020. Rhode Island et New York ont également adopté des interdictions en 2021. Le Massachusetts a interdit cette pratique en 2022. Le Vermont, le Connecticut et le Michigan ont suivi en 2023. Washington, Virginie et le New Hampshire ont adopté leurs propres interdictions en 2024. Washington D.C., le Maine, l’Oregon et le Missouri ont mis fin au mariage d’enfants en 2025.
La majorité préfère la liberté à la protection des enfants

Au sein de 33 États, le mariage infantile n’est pas interdit : soit il n’y a pas de limite d’âge, soit il existe des exceptions telles que pour la grossesse.
La majorité des États ont déjà présenté des lois relatives au mariage des enfants. Toutefois, la majorité des projets de loi incluent des exceptions telles que le consentement parental ou judiciaire, ou fixent un âge minimum pour se marier inférieur à 18 ans. Selon les données d’Unchained At Last, une organisation dédiée à la fin des mariages forcés et infantiles, 10 États affichent un âge minimum de 17 ans pour pouvoir se marier, 20 États un âge minimum de 16 ans ; deux États ont un âge minimum de 15 ans et trois États n’ont pas du tout d’âge minimum spécifié.
Dans certains États, la grossesse est un motif d’exception à l’âge minimum du mariage comprennent l’Arkansas, le Nouveau-Mexique et l’Oklahoma. Au sein du code de l’Arkansas, le mariage est possible à partir de l’âge de 17 ans. Et à la section 9-11-103 de ce même code, une disposition est ajoutée pour les femmes de 16 ans enceintes, qui peuvent se marier en raison de la grossesse avec l’accord d’un des parents et l’ordonnance d’un juge.
Par exemple, en Californie et au sein de deux autres États, le Mississippi et le Nouveau-Mexique, il n’est pas imposé d’âge minimum légal pour se marier. En Californie, il est inscrit à la section 302 du code de la famille de Californie « qu’une personne non mariée de moins de 18 ans », sans minimum d’âge, peut se marier avec une ordonnance du tribunal et la permission d’un parent du mineur.
Certains n’exigent même pas directement le consentement de la personne mineure s’il y a le consentement des parents ou une exception particulière telle que la grossesse.

Les États-Unis invoquent beaucoup de libertés pour continuer à légaliser le mariage infantile.
Premièrement, la liberté de se marier continue d’être invoquée comme justification à ces mariages infantiles. Cette liberté a une signification particulière dans la jurisprudence de la Cour suprême du Nevada, reconnue comme « la pierre angulaire de la famille et de notre civilisation » et un droit inhérent à la liberté de la personne. Elle a ajouté que la décision de se marier devait rester premièrement entre les mains de l’individu avec une faible interférence gouvernementale.
Deuxièmement, certains soutiennent ces mariages, car les restreindre reviendrait à interférer dans la liberté religieuse, ayant un poids important dans les États conservateurs, ou avec les droits parentaux. Les parents adolescents n’élèveraient pas eux-mêmes leurs enfants. Un autre argument fréquent est la crainte que cette interdiction encourage l’avortement chez les adolescentes.
Ces mariages constituent une menace grave pour la vie et la santé des enfants. En majorité les filles sont plus exposées à la violence domestique et moins susceptibles de continuer leur scolarité. Selon les témoignages des victimes, les mariages infantiles se produisent à tous les niveaux socio-économiques, à chaque race et chaque ethnie. C’est une question de violence basée sur le genre ne se limitant à aucune communauté. Ces mariages sont une manifestation profonde de l’inégalité des sexes et une pratique nuisible légitimant les abus et la réduction de l’autonomie des filles.

Les mineurs n’ont pas les mêmes droits légaux qu’un adulte : ils ne peuvent pas signer de contrat, obtenir une carte de crédit ou consentir à un traitement médical. Ces mariages entraînent donc souvent une dépendance totale à leur mari.
Le scandale absolu est que, sans la législation nationale, les parents peuvent toujours aller dans d’autres États, dans lesquels le mariage infantile est légalisé, pour marier leur enfant et revenir chez eux.
Pour finir, le mariage de mineurs constitue pour beaucoup un outil d’évitement pénal. Le mariage permet d’annuler ou d’éviter toute poursuite pénale pour viol sur mineur ou de contourner l’âge du consentement. Cet évitement rend légal un acte criminel.
La logique est, qu’à la fin de l’adolescence, lorsqu’il y a une grossesse ou une naissance, le mariage peut servir les intérêts supérieurs du mineur car le consentement parental et l’approbation judiciaire offrent déjà une protection suffisante contre les mariages qui leurs seraient nuisibles.
Une mobilisation citoyenne

De nombreuses organisations de la société civile se mobilisent pour initier un changement législatif tandis que d’autres militent pour garder cette légalité.
En Californie, par exemple, le projet de loi en 2017 visant à interdire les mariages avec une personne âgée de moins de 18 ans a été rejeté en raison de la résistance des organisations telles que l’American Civil Liberties Union et de Planned Parenthood. Selon eux, le projet de loi portait atteinte inutilement et sans motif suffisant aux droits fondamentaux. De plus, ils affirment que pour certains mineurs, même s’ils ont moins de 18 ans, le mariage représente un projet personnel de vie.
Ces associations notamment American Civil Liberties militent pour ces « libertés » en faisant campagnes et en suivant les feuilles de bord au Congrès dans le but d’interpeller ses membres sur la nécessité de garder le mariage infantile pour conserver ces libertés.
L’association Unchained at last, quant à elle, a pour objectif de mettre fin au mariage forcé et aux mariages d’enfants aux Etats-Unis. L’association fournit des services juridiques et sociaux essentiels, gratuits, pour faire fuir ou aider les personnes à reconstruire leur vie. Une des dernières actions a été la mobilisation au parlement de l’Ohio, le 5 juin dernier, vêtus de robes de mariée et de chaînes, pour exiger des législateurs qu’ils adoptent une loi visant à interdire le mariage des enfants.
Ces mariages infantiles privent les filles de leur enfance et constituent une menace pour leur santé et leur vie. Cette légalisation du mariage s’inscrit dans un environnement inégalitaire entre les hommes et les femmes aux États-Unis et l’interdiction d’avortement.
Il est devenu crucial de mettre fin à ces mariages pour atteindre l’égalité des sexes, améliorer la santé des femmes et de leurs nouveaux nés, et leur situation économique.
Cette légalisation des mariages infantiles témoigne de l’hypocrisie états-unienne sur ces sujets. Comme l’a exprimé Fraidy Reiss, fondatrice d’Unchained at Last : « Si nous ne pouvons pas nous accorder sur le fait que le mariage des enfants devrait être illégal chez nous, comment pouvons-nous exiger une réforme juridique à l’étranger ? ».
En savoir plus
États-Unis – Filles pas épouses
Girls Not Brides : Le Partenariat Mondial pour la Fin du Mariage des Enfants
ONG Unchained At Last
We’re fighting to end forced marriage and child marriage in the United States.
Mariages infantiles au États-Unis : une honte méconnue
Coline Bouvaist-Rigaux
Le Club de Mediapart, 6 juillet 2026
Time to Lead. The Federal Government’s Role in Ending Child Marriage in the United States
Tahirih Justice Center, July 2026
« Quand j’avais 14 ans, ma mère a signé mon certificat de mariage et m’a donnée à un homme. Cela se produit encore aujourd’hui aux États-Unis. »
Ayelén Oliva
BBC, 20 janvier 2026
State of Play : The Movement to Ban Child Marriage in the United States
Statutory Text Compilation : Minimum Marriage Age and Exceptions across the United States
Tahirih Justice Center, September 2025 Update
Statutory Text Compilation : Minimum Marriage Age and Exceptions across the United States
Tahirih Justice Center, Updated September 30, 2025
Timeline : Banning Child Marriage in the U.S.
Tahirih Justice Center, Updated September 30, 2025
Victory in DC ! Progress and the Road Ahead to End Child Marriage
Casey Swegman, Director of Public Policy ; Alex Goyette, Public Policy Manager
Tahirih Justice Center, April 8, 2025
Vidéo. Les États-Unis, le pays qui marie ses enfants
Documentaires et reportages sans frontières, Youtube, 30 janvier 2025, 24’07
Mariages forcés d’enfants aux États-Unis : rencontre avec 3 femmes survivantes
Anouck Renaud
Konbini, 22 janvier 2025
Dans le “piège kafkaïen” des mariages de mineurs aux États-Unis
Courrier international, 24 novembre 2024 (Abonné.e.s)
Le mariage des enfants est encore une réalité dans 43 États américains
Marie Michiels
RTBF, 19 mars 2023
Audio. Reportage de Radio France (RF) – États-Unis : ce pays qui marie ses enfants
Radio Canada, 3 décembre 2023, 10′
En 2023, la majorité des États américains n’ont toujours pas interdit le mariage d’enfants
Pauline Garaude
Slate, 27 novembre 2023
Audio. États-Unis : ce pays qui marie ses enfants
Interception, France Inter, 27 août 2023 (Première diffusion le 5 mars 2023), 47′
Audio. En Californie, les adultes peuvent épouser des enfants en toute légalité
Le Zoom de la rédaction, France inter, 1er mars 2023, 4′
Dawn, mariée à 13 ans à un homme de 32 ans : enquête sur les unions forcées de jeunes filles aux États-Unis
France Inter, 1er mars 2023
Child Marriage or Statutory Rape ? A Comparison of Law and Practice Across the United States
Kaya Van Roost M.Sc. ; Miranda Horn M.Sc. ; Alissa Koski Ph.D.
Journal of Adolescent Health, Volume 70, Issue 3, Supplement, March 2022, Pages S72-S77
Le mariage d’enfants contrevient aux lois contre le viol dans de nombreux États américains
Université McGill, 17 février 2022
Vidéo. Les mariages de mineurs toujours autorisés aux États-Unis
France24, 24 octobre 2018, 6’13
En Amérique, la plupart des États autorisent toujours le mariage des enfants
Morgane Rubetti
Le Figaro, 17 novembre 2017
En Floride, un mineur de moins de 16 ans est marié tous les deux jours
Céline Hussonnois-Alaya
BFM, 31 mai 2017
Letter to the New York State Assembly and Senate Requesting Support for State Assembly Bill A.5524 and Senate Bill S.4407 to Help End Child Marriage in New York
Human Rights Watch, February 13, 2017
Forced Marriage in Immigrant Communities in the United States
Tahirih Justice Center, 2011
Le mariage forcé peut-il être une forme de traite en vertu du Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants ?
Estibaliz Jimenez Madeline Lamboley Marie-Marthe Cousineau
Revue québécoise de droit international, n° 24-2, 2011 pp. 91-111


