Aujourd’hui, selon l’indice mondial de la paix et de la sécurité des femmes 2025/2026, le Yémen se place à l’avant-dernière place, c’est-à-dire à la 180ème sur 181, ce qui met en exergue la situation désastreuse des femmes dans la socié yéménite. Aucune considération, aucun accés aux droits, seules les violences et la soumission leur sont dévolues. L’Observatoire du droit des femmes revient donc sur la législation concernant les droits des femmes et la place que celles-ci détiennent au sein de la famille.
Jusqu’en 1990, on ne parlait pas du yémen, mais des Yémen. Au nord, la république arabe du yémen, ancien royaume musulman et d’inspiration nassériste, qui naît en 1947 d’un coup d’Etat. Au sud, après une occupation britannique longue, est proclamé la république populaire du Yémen en juin 1969. Mais fin 1970, la branche marxiste du FLN prend le pouvoir. Elle ambitionne de dissoudre les structures de pouvoir tribales pour avancer vers une « société sans classe » : elle annonce immédiatement la dépossession des cheikhs et des sultans de tous leurs titres et droits fonciers, interdit les noms tribaux et le port du poignard traditionnel.
La république démocratique populaire du Yémen, affaiblie par des divisions internes et une baisse de l’aide soviétique, ne tarde pas à envisager une unification avec sa voisine du nord, la république arabe du Yémen. Le 22 mai 1990, la république démocratique populaire du Yémen (Yémen-Sud) est fondue dans la république arabe du Yémen (Yémen-Nord) : la république du Yémen est déclarée.

Rapidement, les anciennes élites sud-yéménites sont marginalisées et leurs institutions sont progressivement démantelées – ainsi, le code de la famille disparaît et la référence à la Charia est introduite par des amendements constitutionnels peu de temps après l’unification.
En mars 2015, une coalition arabe sous bannière saoudienne déclenche une intervention militaire au Yémen, sur demande du président Abdrabbo Mansour Hadi. Cette coalition est censée protéger le Yémen contre une insurrection de rebelles houthis, potentiellement soutenue par l’Iran.
Le mouvement des Houtis fondé dans le début des années 2000, avec un effectif de 350 000 combattants, selon les Nations Unies, ont pris le contrôle sur le nord et l’ouest jusqu’au port de Hodeïda et ils ont étendu leur emprise sur la capitale, Sanaa. Les Houtis ont donc mis en place un gouvernement et des institutions politiques : un comité révolutionnaire pour superviser les différents comités locaux, un conseil politique suprême étant une institution exécutive et ont constitué un gouvernement de salut national.
Ce mouvement n’accepte aucune dissidence : ils endoctrinent les jeunes yéménites, ont le monopole sur les télécommunications et un contrôle sur la presse.

Le gouvernement internationalement reconnu, quant à lui, conserve le contrôle vers l’est et le sud. Ce gouvernement a créé la Coalition du Conseil de direction présidentielle composé de huit membres, regroupant tous les principaux camps Anti-Houtis. Au sein de ce conseil figure le Conseil de Transition du Sud, un mouvement séparatiste sudiste créé en 2017 à Aden. Celui-ci se détache peu à peu du gouvernement internationalement reconnu pour devenir un Etat indépendant. En janvier 2026, le Conseil de transition du Sud a annoncé la création d’une constitution pour un Etat indépendant.
Des groupes plus « radicaux » prospérent tels qu’Al-Qaïd et continue de sévir dans les gouvernorats du centre-sud du pays.
Ces conflits ont plongé le pays et ses habitants dans une situation de crise humanitaire désastreuse et durable. On estime que 19,5 millions de personnes, dont 10,8 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire urgente.
Entre mars 2015 et décembre 2023, plus de 12 000 enfants ont été tués ou gravement blessés, et plus de 4 300 d’entre eux ont été enrôlés et instrumentalisés comme enfants soldats par les belligérants. Actuellement, 1 enfant sur 2 de moins de 5 ans et 1,3 million de femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition. Parmi ces enfants, plus de 537 000 souffrent de malnutrition aiguë sévère (MAS), une forme de malnutrition extrêmement douloureuse, potentiellement mortelle et pourtant évitable.

Le niveau de violence fondée sur le genre s’est amplifié en raison des conflits. Les déplacements, la pauvreté, le manque d’infrastructures et la violence aveugle sur les populations ont exacerbé les violences sexuelles et domestiques.
Que dit le droit ?
Selon l’article 27 de la Constitution de 1991, tous les citoyens sont égaux devant la loi sans discrimination fondée sur le sexe. C’est évidemment un leurre.
Le Yémen est un Etat musulman qui applique le statut personnel des musulmans.
La persistance de lois discriminatoires en droit

Le code pénal yéménite renforce le statut inférieur des femmes. En effet, au titre de l’article 232 du code, un homme qui tue son épouse lors d’un adultère encourt une peine maximale d’un an d’emprisonnement. Pourtant, tout meurtre est généralement condamné à la peine de mort.
À ces lois s’ajoute un vide juridique au sein de la législation nationale. Premièrement, aucune loi ne définit la discrimination à l’égard des femmes. Ensuite, il n’existe également aucune loi interdisant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, ni de sanctions légales ou de recours civils ; de même aucune loi n’interdit la violence conjugale. Les femmes se taisent. Elles ne dénoncent pas les cas d’abus parce qu’elles craignent d’être arrêtées ou maltraitées par leur famille.
Ces vides juridiques entraînent donc une absence totale de condamnation.
De plus, les cas de violence sont très peu signalés en raison de l’acceptation culturelle de la violence domestique à laquelle s’ajoute l’absence de formation et d’information des professionnels (policiers, juges, travailleurs sociaux et professionnels de santé) chargés de venir en aide à ces femmes.
L’accès aux services de lutte contre les violences sexistes reste extrêmement limité, avec moins de 5% des établissements de santé proposant une prise en charge clinique pour viol.
Aujourd’hui, en raison des conflits armés, le système judiciaire s’est effondré : les plaintes pour violences ne font l’objet d’aucune enquête et d’aucune poursuite.
Une légalisation du mariage sans consentement au détriment des filles et des femmes

Concernant le mariage, celui-ci est autorisé seulement si le tuteur masculin de la femme est en accord avec son choix, au titre de l’article 7-2 de la loi sur le statut personnel. Si le tuteur n’est pas en accord, alors le mariage sera refusé. Cet article ajoute qu’il n’est pas exigé que la femme soit présente pour sceller le mariage. La femme ne dispose donc pas de la liberté de se marier. De plus, l’article 23 de cette loi indique que pour les femmes qualifiées de « vierges », jamais mariées, selon la loi, le silence est suffisant pour signifier le consentement.
Ces mariages concernent également des filles de moins de 18 ans. Selon le Fonds des Nations unies pour la population dans le rapport Violence Plagues Women & Girls amid Yemen’s Relentless Conflict de février 2023, deux filles sur trois au Yémen ont été mariées avant l’âge de dix-huit ans. Le rapport UNFPA–UNICEF Global programme to End Child Marriage de 2022 précise les données : 1,6 million de filles ont été mariées avant leurs 15 ans et 4,3 millions avant leurs 18 ans.
Ces mariages forcés permettent aux familles d’obtenir une compensation financiére. Loin d’améliorer leurs conditions de vie durant le conflit, celui-ci aggrave la subordination des femmes et des filles à leur mari ou père.
De plus, l’article 40 de la loi sur le statut personnel impose qu’une femme mariée obéisse à son époux dans tous les domaines, y compris pour les rapports sexuels ou le droit de travailler. La violence domestique au sein de la famille est d’autant plus normalisée par les règles sociales : une femme peut être battue si elle refuse des rapports sexuels ou si elle ne respecte pas la volonté de son mari ou de son père.
Par ailleurs, 20 % des femmes âgées entre 15 et 49 ans sont excisées au Yémen.
Une vie quotidienne sous l’accord total de leur mari

Une pratique courante au Yémen, sans fondement juridique, est le maintien en détention de femmes ayant purgé leur peine d’emprisonnement, si aucun tuteur masculin ne peut la prendre en charge. Cette pratique conditionne donc la libération de la femme. Cette situation démontre une absence totale de libertés et de soumission de la femme, elles appartiennent aux hommes.
Concernant le travail, une femme ne peut acquérir un emploi seulement si celui-ci a été accepté par son mari au titre de l’article 40 de la loi yéménite sur le statut personnel. En 2019, le taux d’emploi des femmes au Yémen était de 6.04 % alors que la moyenne mondiale était de 51.96 %. On mesure à travers ces chiffres combien la situation des femmes est inhumaine et précaire.
Les femmes vivent dans un contexte d’absence totale de droits. Elles ne peuvent se déplacer sans l’accompagnement d’un mahram (tuteur masculin), elles doivent obtenir son autorisation pour renouveler leurs papiers d’identité. En août 2022, l’Autorité de régulation du transport terrestre des houtis a émis une directive exigeant des femmes qu’elles voyagent dans les zones contrôlées avec un mahram. Si les femmes yéménites ne respectent pas cet accompagnement, elles risquent l’emprisonnement.
Ensuite, concernant l’accès à la santé, le ministère de la Santé publique a publié une circulaire en mai 2020 sur l’accès des femmes aux contraceptifs. Cette disposition permet aux centres de santé de fournir les moyens de contraception uniquement si leur mari consent et est présent.
L’ensemble de ces restrictions ont contraint les femmes à adapter leur mode de vie en réduisant drastiquement leurs mouvements.
Les femmes vivent dans une situation totale de vulnérabilité. On estime que 7.1 millions de femmes ont besoin d’accéder de toute urgence à des services de prévention et de prise en charge de la violence basée sur le genre au Yémen. Mais ces services sont extrêmement limités voire inexistants.
Une aide internationale fragmentée par les houtis

Les femmes n’ont pratiquement aucun pouvoir pour influencer la législation yéménite, les hommes excluent les femmes qui promeuvent ou manifestent un quelconque intérêt pour la politique.
Ces femmes reçoivent parfois de l’aide par le truchement de grandes organisations internationales. Toutefois, ces subventions ont été réduites voire supprimées par les Etats-Unis en raison du placement des houtis sur la liste des « organisations terroristes internationales ». Ces baisses de financements ont entraîné la fermeture de nombreux centres d’accueil pour prévenir les violences de genre, des centres de santé ou la réduction de programmes visant à améliorer la nutrition, la santé et l’assistance des femmes et des enfants.
Les défenseurs des droits humains et leurs activités sont dans le viseur des forces houtis. Ils sont également victimes des restrictions de mouvement et sont arrêtés par ces forces.
Ainsi, malgré la nécessité de transformer la situation, aucune paix ne semble actuellement possible, condition incontournable pour faire évoluer les droits des femmes tant juridiquement que culturellement.
En savoir plus
Vidéo. Yémen : les femmes, piliers de la reconstruction
Mathilde Delvigne
Arte, 2026, 3′ (Disponible jusqu’au 28/01/2027)
Women leading water management
UNDP (United Nations Development Programme), March 11, 2026
Women in Yemen : A Profile
Gihan Elhadidy
GIWPS (Georgetown Institute for Women Peace ans Security), December 2, 2025
Yémen : la suspension de l’aide ou le « choix » délibéré de ne pas sauver des vies
Nations Unies, 6 mars 2025
Un espace sûr où aller : les jeunes femmes du Yémen s’entraident pour lutter contre la violence numérique basée sur le genre
UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), 6 décembre 2024
Yémen. Les autorités et Meta doivent lutter contre les violences fondées sur le genre en ligne
Amnesty International, 5 novembre 2024
Les joyaux de la résilience : Comment les femmes créent l’espoir dans un Yémen déchiré par la guerre
Haithm Abdulbaqi, assistant médias et communication
International Organization for Migration (OIM Yemen), 6 mars 2024
Citoyennes de seconde zone au Yémen
Andrew Stroehlein, Ex-Directeur des relations médias en Europe
Human Rights Watch, 4 mars 2024
Les femmes yéménites en voie d’exclusion du processus de paix
Rim Mugahed ; Nicolas Van Der Kelen
In Monde en guerre. Militarisation, brutalisation et résistances, Éditions Syllepse (Alternatives Sud), 2024, pp. 139- 152
Yémen : une guerre de valeurs
Perspective Monde, 11 avril 2023
Yémen : les femmes et les filles face à la violence d’un conflit sans merci
UNFPA, Fonds des Nations Unies pour la population, 28 Février 2023
Yémen : les femmes au service de l’effort de guerre
Quentin Müller
La Croix, 17 janvier 2023 (Abonné.e.s)
Au Yémen, la guerre exacerbe les souffrances des femmes
Courrier international, 11 janvier 2023
Les violences genrées en contexte de guerre: le cas des femmes yéménites déplacées
IGG (Institut du Genre en Géopolitique), 1er décembre 2022
Vidéo. Yémen : des femmes survivent en récoltant le sel de mer
TV5 Monde, 3 février 2022, 3’34
Yémen, avec les femmes qui résistent
Quentin Müller
La Croix, 14 février 2021 (Abonné.e.s)
Vidéo. Guerre au Yémen : défigurée à l’acide, Al-Anoud, visage des femmes brutalisées
TV5 Monde, 5 février 2021, 2’33
Challenges in Yemen
In Focus Area. Gender Equality
UNDP (United Nations Development Programme), 2021
Les femmes du Yémen construisent la paix sur la ligne de front de la guerre
Kira Walker
Equal Times, 27 avril 2020
Le Yémen, l’un des pires endroits au monde pour une femme
Amnesty International, 16 décembre 2019
Yémen. « Ce sont les femmes qui bâtissent des nations »
ONG CARE France, 21 mars 2018
How Yemeni women are fighting the war
Connie Christiansen, Visiting associate professor, Lebanese American University
The Conversation, 2 février 2018
La cause des femmes au Yémen : contribution à une analyse intersectionnelle des rapports de domination – Thèse de doctorat en sciences politiques
Mélodie Breton-Grangeat sous la direction de Delphine Dulong
Paris 1, Soutenue le 6 décembre 2017 (Accès en bibliothèque)
Yémen : des femmes roulent à vélo pour leurs droits
OXFAM International, juin 2015
Women in Yemen : a force for change
Daniel Martin Varisco,
Peace Insight, 8 May 2015
Yémen, le cri des femmes
Christine Rousseau
Le Monde, 19 novembre 2013
Des femmes yéménites ont manifesté samedi à Sanaa et d’autres villes du Yémen pour défendre la mixité
France Info, 16 avril 2011
La face cachée du Yémen. Discrimination et violences contre les femmes et les filles
Amnesty International, novembre 2009
Audio. Yémen : au péril des femmes
Tout un monde, France Culture, 15 mai 2006, 1 29′
Femmes et politique au Yémen (1962 / 1967 – 2003)
Maggy Grabundzija
Chroniques Yéménites, n° 11, 2003
Les conséquences de la guerre sur les femmes et les filles : guide explicatif sur le genre et les conflits
Foire aux questions
ONU Femmes, 20 mai 2026
Progress on the Sustainable Development Goals : The gender snapshot 2025
Ginette Azcona, Antra Bhatt, Guillem Fortuny Fillo, Yongyi Min, Heather Page, and Sokunpanha You
United Nations Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women (UN Women) Department of Economic and Social Affairs (DESA), 2025


