Cinq années de regression des droits des femmes depuis l’arrivée des Talibans

Droit familial et mariage, Violences basées sur le genre

L’Observatoire du droit des femmes revient sur la situation des femmes en Afghanistan et la législation prise depuis le retour des talibans.

Lors du premier régime des talibans de 1996 à 2001, les femmes et les filles étaient soumises à de graves restrictions de leurs droits interprétées selon la loi islamique. Après l’intervention internationale en 2001, les femmes ont, peu à peu, pu de nouveau jouir de leurs droits grâce à l’adoption de garanties constitutionnelles en 2003 et à l’adoption de la loi sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes en 2009. Elles ont pu avoir partiellement accès à l’éducation, à l’emploi et prendre part  à la vie publique.

Toutefois, le retour au pouvoir des talibans en août 2021, par la prise de Kaboul, marque un net recul des droits des femmes. L’effondrement du gouvernement précédent et le retrait des forces internationales ont conduit à son remplacement par un « gouvernement intérimaire », composé exclusivement d’hommes, et au démantèlement des institutions politiques chargées de promouvoir l’égalité des sexes et les droits humains.

Les talibans ont pris plus de 70 décrets concernant les femmes, restreignant ou interdisant leurs droits.

Que dit le droit ?

Le droit avant l’arrivée des Talibans

L’ancienne Constitution de 2004 accordait à son article 22 des droits et des devoirs égaux aux femmes et aux hommes, interdisant toute distinction et discrimination.

Ensuite, l’article 44 de cette Constitution visait à favoriser l’éducation des filles par l’élaboration de programmes pertinents par l’Etat.

Elle instaurait un pourcentage de femmes devant être élues : deux femmes devaient être élues à l’Assemblée nationale pour chaque province, au titre de l’article 83.

Ces dispositions à valeur constitutionnelle constituaient une avancée importante même si leur mise en pratique restait compliquée.

L’arrivée des talibans : un bouleversement abominable

L’arrivée des talibans marque la fin de toutes les avancées concernant les droits des femmes. Elles ne disposent plus de leur corps, de leurs sorties, en un mot de leur liberté.

Tout d’abord, concernant leur tenue vestimentaire, chaque fois qu’une femme quitte son domicile, elle doit dissimuler son visage et son corps. Une tenue vestimentaire considérée comme « immoral » fait immédiatement l’objet de répression. Par exemple, les hommes doivent vérifier la tenue vestimentaire de leur femme, sous peine de perdre leur emploi s’ils sont fonctionnaires. Les femmes n’ont plus le droit de regarder directement les hommes avec lesquels elles n’ont aucun lien de sang ou de mariage.

Le décret du 23 décembre 2021 interdit aux femmes de se déplacer sans chaperon masculin au-delà de soixante-douze kilomètres. Ensuite, le décret du 7 mai 2022 durcit cette liberté de circulation en conseillant aux femmes de ne pas quitter le domicile sans raison. Les conducteurs de taxi ont l’interdiction de transporter des femmes incorrectement voilées ou sans mahram, soit un parent proche de sexe masculin.

Ensuite, en mars 2024, le chef suprême des talibans a validé la flagellation publique et la lapidation infligées aux femmes pour des infractions comme l’adultère. Entre novembre 2022 et mai 2023, 58 femmes ont été fouettées en public pour des infractions d’adultère, de non-respect des codes vestimentaires, de fugue ou d’achats sans tuteur masculin. Au cours de ces dernières années, 37 peines de lapidation ont été exécutées à l’encontre des femmes.

L’accès à la justice est devenu impossible pour les femmes. Les talibans ont dissous la Commission afghane indépendante des droits humains, les tribunaux des affaires familiales, les centres de protection pour les femmes et les services d’aide juridique privant les femmes de tout recours judiciaire ou d’aide à la justice.

Si les femmes signalent les cas de violences fondées sur le genre, elles encourent des sanctions telles que l’emprisonnement, la réconciliation forcée ou l’ostracisme social. Par exemple, par un décret de décembre 2024, les talibans ont totalement supprimé l’ancien cadre juridique de lutte contre la traite des êtres humains. La peine d’emprisonnement est passée d’une moyenne de 10 à 16 ans à seulement 1 à 3 ans. Les victimes sont devenues des criminelles pouvant être accusées d’avoir eu des relations sexuelles extraconjugales illicites considérées comme des infractions morales.

De plus, par la promulgation du nouveau code pénal le 4 janvier 2026, le code reconnaît le droit au mari d’infliger à son épouse des sanctions dites « discrétionnaires » à condition qu’il ne brise pas les os ou ne cause pas de plaies ouvertes. Même en cas d’agression grave, la peine maximale reconnue est de 15 jours. Ces dispositions témoignent de l’enfer que vivent ces femmes n’ayant aucune protection.

Les dispositions continuent de se durcir et de renforcer l’absence totale de droits des Afghanes. En mai 2026, le décret n° 18 « Code sur la séparation judiciaire des conjoints, codifie les circonstances dans lesquelles les femmes et les filles peuvent demander une séparation du mariage. Ce divorce est soumis à de nombreuses conditions, dont l’approbation du tribunal et n’est possible qu’après la puberté. Cette disposition permet également de légaliser le mariage pour enfants. Les hommes, quant à eux, peuvent divorcer sans aucune condition.

Pour finir, en août 2024, un décret a été promulgué visant à interdire aux femmes d’être entendues en public, elles n’ont plus accès aux lieux publics. Elles n’ont plus le droit ni d’aller dans les parcs seules, ni de chanter.

Les conséquences de ces décrets sur la santé des femmes sont alarmantes. Leur santé se détériore : le risque de mortalité maternelle augmente en raison d’une hausse de grossesse chez les adolescentes. Les hommes prennent les décisions concernant la santé de leur épouse. Dans certaines provinces, les femmes ne peuvent même pas être soignées par des médecins hommes.

Les femmes n’ont plus aucun droit. L’ensemble de ces dispositions portent directement atteinte à leur dignité et à leur autonomie.

Le respect de ces décrets est mis en œuvre par la police des mœurs qui dispose de pouvoirs discrétionnaires pour menacer et arrêter quiconque ne respecte pas l’un des décrets. Cette politique de restriction et d’interdiction à l’égard des femmes vise à leur disparition de la sphère publique.

L’exemple de l’éducation : point clé des restrictions talibanes

En 2017, 3.5 millions de filles étaient scolarisées, représentant un progrès important. Depuis la chute du régime des talibans en 2001, le taux de scolarisation avait atteint 9.2 millions en 2016, contre moins d’un million en 2001.

Toutefois, il restait encore du chemin à parcourir car trois millions et demi d’enfants, dont 75 % de filles, n’allaient toujours pas à l’école. Un troisième plan stratégique national pour l’éducation a été mis en place par l’Afghanistan avec l’aide de l’UNESCO en 2018. Toutefois, ce plan n’a pu avoir les effets escomptés en raison de l’arrivée au pouvoir des talibans en 2021.

L’un des premiers décrets pris par les talibans, une fois leur gouvernement mis en place, date du 18 septembre 2021 et interdit l’accès à l’éducation aux filles au-delà de la sixième. Cette interdiction s’est couplée à une interdiction d’étudier dans des écoles mixtes. Ainsi, plus de 2.2 millions de filles sont privées du droit à l’éducation.

D’après le Rapport sur la situation de l’éducation en Afghanistan 2025 publié par l’UNESCO et l’UNICEF, plus de 90 % des enfants de 10 ans ne savent ni lire ni écrire. Le taux d’alphabétisme est l’un des plus bas du monde, avec seulement 52 % des hommes et 27 % des femmes qui savent lire et écrire.

En décembre 2022, le ministère de facto de l’Enseignement supérieur a interdit aux femmes de suivre un enseignement supérieur. En 2024, le ministère de facto de la santé publique a interdit aux femmes d’étudier dans les instituts médicaux. De plus, les autorités de facto ont remplacé les professeurs par des proches du régime, sans posséder de titres universitaires.

Cette interdiction liée à l’éducation est couplée à une interdiction d’emploi. La proportion de femmes afghanes occupant un emploi était de seulement 5.2% en 2023. Le décret du 24 décembre 2022 interdit aux femmes de travailler pour des organisations non gouvernementales et le décret du 4 avril 2023 interdit de travailler pour les Nations unies.

Ainsi, les conséquences pour ces femmes privées d’apprentissage sont nombreuses : mariages forcés, violences de genre et privations de leurs droits. Cette privation est couplée à de multiples restrictions et interdictions quant à leur emploi.

Les juridictions internationales au cœur de la justice contre les Talibans

Le 8 juillet 2025, la Chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale a délivré deux mandats d’arrêt contre M. Haibatullah Akhundzada, chef suprême des Talibans, et M. Abdul Hakim Haqqani, président de la Cour suprême des Talibans, qui exercent une autorité de facto en Afghanistan depuis au moins le 15 août 2021. La Chambre a conclu qu’il existe des motifs raisonnables de croire que les deux hommes ont commis, sollicité, et ordonné le crime contre l’humanité de persécution pour des motifs liés au genre contre les filles, les femmes et d’autres personnes ne se conformant pas à la politique de genre des Talibans (comme les homosexuels ou les transsexuels).

De plus, depuis 2024, 4 États, l’Australie, le Canada, l’Allemagne et les Pays-Bas, soutenu par 22 autres États Parties, ont annoncé leur intention d’engager une procédure judiciaire à l’encontre de l’Afghanistan devant la Cour internationale de justice pour dénoncer les violations de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Cette initiative a été prise en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies après des nouvelles mesures supprimant les droits des femmes.

Une mobilisation citoyenne rare et réprimée

La mobilisation citoyenne est rare. Les seules qui ont lieu se font violemment réprimer.

Le 18 juillet 2023, une manifestation pour contester la décision de fermer les salons de beauté a été dispersée à l’aide de canons à eau et de poings électriques.

En juin dernier, à Herat dans l’ouest de l’Afghanistan, les forces de sécurité ont réprimé une manifestation, rassemblant entre 100 et 150 personnes, dénonçant l’arrestation et la détention de femmes pour « non-respect du code vestimentaire » en tirant sur la foule causant plusieurs blessés et un décès.

Plus généralement, toute personne qui dénonce le régime est sujet à des arrestations et détentions arbitraires, actes de tortures physiques et psychologiques et disparitions forcées. Les Talibans restreignent la liberté de circulation et interdisent le droit de manifester.  La France et l’Europe ont une responsabilité : refuser toute normalisation avec les talibans qui se paierait de l’oubli des femmes . Comme le souhaite un certain nombre d’activistes, elle doit porter avec ses partenaires , la reconnaissance de l’apartheid de genre par le droit international  pour que cette oppression ait un nom et puisse être jugée un jour prochain.

En savoir plus

« Survivre est devenu la priorité » : en Afghanistan, le témoignage rare de femmes abandonnées par le reste du monde
Margot Hutton
TV5 MONDE, 15 août 2026

« Se taire sur l’Afghanistan reviendrait à abandonner les femmes qui demandent la reconnaissance de leur combat »
Collectif
Le Monde, 15 août 2026 (Abonné.e.s)

Comment le régime taliban a généré, en cinq ans, une nouvelle ère de féminicides
Courrier international, 15 août 2026 (Abonné.e.s)

Cinq ans après le retour des talibans : “Personne ne tend vraiment la main aux femmes afghanes’”
Emmanuelle Skyvington
Télérama, 15 août 2026

Audio. Afghanistan, une histoire des droits des femmes
Le Cours de l’histoire, France Culture, 16 août 2026 (Première diffusion, 20 septembre 2024), 58′

Afghanistan : les femmes ont disparu de l’espace public
Nations Unies, 14 août 2026

Vidéo. Tracks East. Afghanistan – Le combat des femmes
Arte, 2026 (Disponible jusqu’au 13/04/2030), 30′

Vidéo. Afghanistan : les soignantes de l’ombre
Arte, 10 août 2026 (Disponible jusqu’au 07/07/2027), 25′

La crise des droits des femmes en Afghanistan est une catastrophe humanitaire
Sepita Hatami (She/Her), Gender Studies researcher; PhD candidate in Comparative Literature, Western University
The Conversation, 25 mai 2026

Afghanistan : quand « l’apartheid de genre » devient une loi d’État
Imad Khillo, Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes
The Conversation, 21 mars 2026

Vidéo. Afghanistan : être femme sous un apartheid de genre
Solène Chalvon Fioriti
Arte, 2026 (Disponible jusqu’au 03/04/2029), 5′ 07

Audio. Série :  Retours de terrain. Pour les femmes afghanes, de nombreux obstacles pour quitter le pays
Cultures monde, France Culture, 21 novembre 2025, 21′

Un gynocide en Afghanistan ?
Véronique Nahoum-Grappe
Esprit, n° 2025/3, pp. 105-113 (Abonné.e.s)

Vidéo. Afghanistan : exclusion systématique des femmes et des filles | Droits humains | Nations Unies
Organisation des Nations Unies – ONU, Youtube, 11 décembre 2025, 12’48

Vidéo. Fotografica : le combat des coiffeuses afghanes
Arte, 2025 (Disponible jusqu’au 02/11/2026), 3′

Apartheid de genre et répression des femmes en Afghanistan et en Iran : résister à la tyrannie
France Fraternités, 20 novembre 2025

Chela Noori : Être Afghane, c’est porter une histoire de résistance, d’éducation, de culture et de liberté
France Fraternités, 15 octobre 2025

Vidéo. Afghanistan : l’impossible voyage des femmes
Arte, 10 octobre 2025 (Disponible jusqu’au 14/07/2028), 25′

Audio. Mursal Sayas : « L’Afghanistan est maintenant une grande prison pour les femmes »
L’Invité de 7h 50, France Inter, 15 août 2025, 10′

Vidéo. Solène Chalvon-Fioriti : filmer les femmes autrement
Arte, 2025 (Disponible jusqu’au 09/03/2028), 3′

Solène Chalvon-Fioriti qui a réalisé plusieurs reportages en Afghanistan notamment, explique comment la façon de parler des femmes afghanes est souvent problématique. Car à force de dire qu’elles sont victimes, muselées, écrasées, on a tendance à parler à leur place et ne plus laisser d’espace à celles qui veulent s’exprimer malgré tout.

Vidéo. Le pays taliban
Solène Chalvon-Fioriti
Le Monde en Face, france.tv, 2025 (Disponible jusqu’au 05/08/2028), 1 14′

Afghanistan : silence radio pour les femmes avec la suspension de Radio Begum
TV MONDE, 7 février 2025

En Afghanistan, la santé des femmes en péril : « Les conséquences de cette ségrégation sont catastrophiques »
Jacques Follorou
Le Monde, 30 janvier 2025 (Abonné.e.s)

Audio. Femmes afghanes : pour briser le silence
Radio France, 2024, 10 épisodes

L’Afghanistan : « un régime féminicide »
Isabelle Mourgere
TV5 MONDE, 30 décembre 2024

Vidéo. Afghanistan : les femmes sous le joug des Talibans
Arte, 2024 (Disponible jusqu’au 19/03/2027), 11′

Solène Chalvon-Fioriti raconte les changements qu’elle a récemment constatés dans la société civile afghane, qu’elle documente depuis longtemps. Sous le joug taliban, la vie à Kaboul s’est métamorphosée en un quotidien sombre et menaçant où les femmes ont disparu.

Solène Chalvon-Fioriti, réalisatrice : “Ce que les talibans veulent, c’est terroriser les femmes”
Emmanuelle Skyvington
Télérama, 30 août 2024

Vidéo. Afghanistan : Radio Begum, la voix des résistantes
Arte, 26 avril 2024 (Disponible jusqu’au 18/03/2027), 25′

Afghanistan : la guerre des talibans contre les femmes est un apartheid des genres
Vrinda Narain, Associate Professor, Faculty of Law, Centre for Human Rights and Legal Pluralism, McGill University
The Conversation, 16 août 2023

Gros plan : Les femmes en Afghanistan un an après la prise de contrôle par les taliban
ONU Femmes, 15 août 2022

Vidéo. Audition plénière – Situation des femmes en Afghanistan
Sénat, Délégation aux droits des femmes, 25 novembre 2021

Vidéo. Afghanistan : une féministe face aux talibans
Arte, 10 décembre 2021 (Disponible jusqu’au 29/11/2027), 25′

Les talibans réduisent les femmes en esclavage : une réalité que le monde ne peut ignorer
Vrinda Narain, Associate Professor, Faculty of Law, Centre for Human Rights and Legal Pluralism, McGill University
The Conversation, 16 août 2021

Levons le voile sur les femmes en Afghanistan
Sonia Jedidi
Hérodote, n° 2010/1 n° 136, pp. 121-133

Portrait d'une afghane engagée
Reine d'Afghanistan

Née en 1899 à Damas, Soraya Tarzi devient reine d’Afghanistan en 1919 aux côtés de son époux, Amanullah Khan. Très tôt, elle s’engage en faveur de l’éducation et des droits des femmes.

En 1921, elle contribue à l’ouverture de la première école primaire pour filles à Kaboul, l’école Masturat. Elle participe également à la création du premier magazine féminin afghan et défend publiquement l’émancipation des femmes.

Figure progressiste de son époque, Soraya devient l’un des symboles des réformes engagées en Afghanistan. Mais ces changements suscitent de fortes oppositions et contribuent aux bouleversements politiques qui conduisent le couple royal à l’exil en 1929.

Elle meurt à Rome en 1968, après avoir consacré une partie de sa vie à défendre l’éducation et l’émancipation des femmes afghanes.