« Name and shame » : contre la haine, ces militants qui s’attaquent à la pub…

Depuis plusieurs semaines, Sleeping Giants et Le Mouvement cherchent à détourner les annonceurs des émissions où officient Eric Zemmour pour obliger les chaînes à les déprogrammer. 

article de Sandrine Cassini publié sur le site lemonde.fr, le 21 11 2019

« Chère @OrangeBankFr, pensez-vous que vos valeurs sont compatibles avec l’émission #Zemmour, condamné à deux reprises pour incitation à la haine raciale-religieuse ? », a tweeté Sleeping Giants le 19 novembre, sur un ton mi-accusateur, mi-interrogateur. Depuis le 14 octobre, deux collectifs de militants, Le Mouvement et Sleeping Giants s’en prennent à Eric Zemmour, polémiste provocateur et révisionniste, qui officie sur CNews dans « Face à l’info », et sur Paris Première dans « Zemmour et Naulleau ». Avec pour objectif non dissimulé : couper les vivres de ces émissions, jusqu’à obliger les chaînes à les déprogrammer.

Pour le moment, le journaliste-essayiste est maintenu à l’antenne. Si Sleeping Giants affirme que 40 annonceurs ont stoppé leurs « investissements toxiques », la chaîne d’info en continu a surtout déplacé les spots des annonceurs ailleurs sur la grille.

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« Name and shame »

Seuls Le BonCoin et Himolla ont indiqué sur Twitter s’être complètement retirés de CNews, tandis qu’Ibis a transféré sa dernière campagne publicitaire vers les autres chaînes du groupe Canal+. « Nous sommes sur un enjeu d’image. Nous espérons qu’à terme, la case soit démonétisée », indique Elliot Lepers, cofondateur du Mouvement, qui avait lancé une pétition le 28 septembre contre l’émission d’Eric Zemmour, recueillant à ce jour presque 25 500 signatures.

L’association française s’est créée il y a deux ans dans le sillage d’Open, réseau international de militants. Marche pour le climat, lutte contre le mal-logement, les propos haineux, ou les violences policières, l’association fait feu de tout bois.

Mais ce sont surtout les bénévoles de Sleeping Giants qui continuent de faire la chasse aux annonceurs de CNews. Né aux Etats-Unis en 2016, après la victoire de Donald Trump, le collectif a comme ligne rouge la lutte contre les propos « racistes, sexistes, antisémites et homophobes ».

A l’américaine, Sleeping Giants pratique une sorte de name and shame (« nommer et couvrir de honte »), qui consiste à dénoncer quelqu’un dont on juge qu’il agit mal. « Il n’y a pas d’appel au boycott. Nous alertons les annonceurs, dont nous mettons les valeurs en avant », précise un porte-parole de l’association.