Musée de l’Homme : “Nous et les autres, des préjugés au racisme”, une expo très pédagogoique

Le musée de l’Homme accueille «Nous et les autres», une exposition qui dissèque les mécanismes du racisme pour mieux le dénoncer. Instructif.

«Pourquoi parle-t-on de racisme alors qu’on naît tous libres et égaux ?» «Vient-on bien d’Afrique ?» «La discrimination positive est-elle une solution ?»… Sur un grand mur noir, les questions s’empilent. A celles-là et quelques autres, l’exposition «Nous et les autres» du musée de l’Homme (Paris XVIe) tente d’apporter des réponses pour éclairer un sujet sensible : le racisme.

Rouvert en octobre 2015 après six ans de travaux, le musée de l’Homme se place, ainsi, pour cette première grande exposition temporaire, au coeur de sa mission : présenter le genre humain dans sa diversité anthropologique, historique et culturelle. Avec les moyens d’aujourd’hui : interactivité, immersion, scénographie spectaculaire.

De préjugés au racisme institutionnalisé

Dès l’entrée, une grande projection audiovisuelle à 360° met en scène une vingtaine de personnages, dans la rue ou dans le métro, à la station «Cliché». Ils sont tous différents : noir, blanc, jaune, marron… «Il s’agit de mettre en lumière les trois étapes qui conduisent au racisme. La catégorisation, la hiérarchisation et l’essentialisation. Voir comment on passe de la première, assez normale pour nous permettre d’ordonner le monde, aux préjugés puis comment les stéréotypes s’ancrent dans le temps, commente Carole Reynaud-Paligot, historienne et co-commissaire de l’exposition. Exemple : les Noirs sont de bons danseurs…»

La démonstration continue dans la salle suivante, une salle d’attente d’aéroport, équipée d’écrans. Un petit jeu permet de se tester : cet homme blanc en costume, vous le pensez cadre supérieur ? Il est comédien… Et en plus, il danse bien : il apprend les claquettes ! De quoi mieux comprendre le phénomène des préjugés.

La seconde partie, historique, s’attache à montrer comment ces préjugés, sous des pressions politiques, économiques, nationalistes et colonialistes, ont été érigés en racisme institutionnalisé. La science, avec l’invention des «races», viendra au secours des esclavagistes à partir du XVIIe siècle. Les murs s’ornent ici des livres qui illustrent ces recherches, comme «Sur le cerveau du nègre comparé avec celui de l’Européen et de l’orang-outang» (1837), mais aussi, en affiche, des stéréotypes véhiculés par l’imagerie coloniale. Trois films montrent les horreurs perpétrées sur ces fondements : la ségrégation raciale aux Etats-Unis après l’abolition de l’esclavage, le génocide conduit par l’Allemagne nazie et les massacres au Rwanda, commis par les Hutus contre les Tutsis… Glaçant.

Nous venons tous d’Afrique

En fin de parcours, place à la génétique. Trois écrans permettent de faire le point sur les connaissances actuelles. Alors oui, nous venons tous d’Afrique et nous sommes donc tous noirs au départ ! «Les migrations, le climat et l’alimentation permettent seuls d’expliquer les différences actuelles», argumente Evelyne Heyer, spécialiste d’anthropologie génétique et autre commissaire de l’exposition.