« Les racistes sont des gens qui se trompent de colère », Léopold Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor, né à Joal le 9 octobre 1906 – mort à Verson le 20 décembre 2001, est un écrivain et homme d’État franco-sénégalais ; ministre français avant l’indépendance de son pays, il deviendra le premier président de la République du Sénégal, puis le premier africain à siéger à l’Académie française. Son oeuvre poétique aura été construit atour de l’espoir d’une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences.

article publié sur le site licra.org, le 16 12 2019

La poésie de Senghor demeurera tout au long de son oeuvre intrinsèquement liée à son engagement pour la Négritude, désireuse de revaloriser une Afrique dépossédée de sa langue et de son histoire. Ainsi, pour considérer la poésie de Senghor on ne pourra dissocier le poète de l’homme politique. Son écriture évoluera au fil de ses recueils depuis la prise en compte de la culture noire en elle-même pour tendre vers un Absolu : l’avènement d’une Civilisation de l’Universel. Senghor se fera ambassadeur d’un esprit nouveau défendant un univers aux valeurs métisses. Au reste, bien qu’étiqueté « socialiste », Senghor se tiendra toujours à l’écart des idéologies trop marxiste et anti-occidentale devenues populaires dans l’Afrique postcoloniale — favorisant le maintien de liens forts avec la France et l’occident — ; beaucoup y verront là une contribution décisive dans la stabilité politique du pays (demeurant aujourd’hui encore une des rares nations africaines à n’avoir jamais connu de coup d’État, et des transferts de pouvoir toujours pacifiques).

Enfance et cursus universitaire
Léopold Sédar Senghor est né dans une petite ville côtière située au sud de Dakar. Son père, Basile Diogoye Senghor, est un commerçant catholique aisé de l’aristocratie sérère du Sénégal. Originaire de Djilor, sa mère, Gnilane Bakhoum appartient également à l’ethnie sérère mais a des origines peules. Ainsi, les deux branches de sa famille appartiennent à la noblesse Sérère, les Guelwar ; le prénom Sédar signifiant celui « qu’on ne peut humilier » (son prénom catholique « Léopold » lui sera donné en souvenir de Léopold Angrand, riche commerçant métis ami et employeur ponctuel de son père). Avant son baptême, Sédar passera les premières années de sa vie chez sa famille maternelle, les Bakhoum. De retour chez son père, le jeune Léopold fréquentera la maison catholique de Joal, où il apprendra le catéchisme et les premiers rudiments du français. Il commencera ses études d’abord chez les Pères Spiritains à Ngazobil, puis à Dakar au collège-séminaire François Libermann. Passionné de littérature française, bon élève, il obtiendra brillamment le baccalauréat. A la demande du directeur d’établissement, l’administration coloniale lui offrira une bourse ; ce qui lui permettra de quitter le Sénégal, pour la première fois, à l’âge de 22 ans.