Un an après, que sont devenus les Rohingyas ayant fui la Birmanie ?

Un million de Rohingyas parqués au Bangladesh. La situation de ces musulmans ayant fui les persécutions en Birmanie n’a pas évolué en un an. Un peuple sans terre.

Article publié dans le journal  L’ACTU n° 5696 du Jeudi 6 septembre 2018

Les faits

Il y a un an, les Rohingyas, membres d’une minorité musulmane, commençaient à fuir en masse la Birmanie (L’ACTU n°5398) 

Comprendre

En août 2017, des attaques lancées par un groupe de rebelles rohingyas ont causé la mort de policiers birmans. L’armée et des bouddhistes extrémistes ont lancé une sanglante répression contre ceux qu’ils appellent des « terroristes ». Selon l’ONU, au moins un millier de Rohingyas ont été tués. L’exode au Bangladesh voisin a alors débuté. Environ un million de Rohingyas s’entassent aujourd’hui dans d’immenses camps, dans la région de Cox’s Bazar (sud-est du Bangladesh).Des abris de fortune sont bricolés avec des bâches et des bambous. Les enfants jouent dans la boue. Des associations humanitaires distribuent de l’eau potable et de la nourriture, dispensent des soins médicaux et psychologiques… Selon elles, des milliers d’enfants sont nés de femmes violées par des soldats birmans. La vie s’organise dans la promiscuité. Les risques de maladies infectieuses, de tensions communautaires et de violences domestiques et sexuelles sont accrus, souligne le Haut- Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). En novembre, la Birmanie et le Bangladesh ont signé un accord sur un retour des exilés « dans les deux mois », mais sans citer les Rohingyas. De plus, les candidats au retour n’ont aucune garantie de pou- voir vivre en sécurité et dignement en Birmanie. Résultat : moins de 200 per- sonnes sont revenues. Selon le HCR, « une campagne de terreur et de famine organisée » se poursuit contre les Rohingyas restants. Un récent rapport de l’ONU accuse les principaux généraux birmans de « génocide » et « crimes contre l’humanité ». Aucune solution durable ne se profile. Les Rohingyas restent des apatrides. Le Bangladesh refuse de les reconnaître comme des réfugiés.

« Une haine très enracinée à l’égard de cette minorité »

La photographe américaine Paula Bronstein travaille depuis 2012 sur la situation des Rohingyas.

Les clichés de Paula Bronstein sont exposés jusqu’au 16 septembre au festival de photojournalisme Visa pour l’image (www. visapourlimage.com), à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Elle a dit Paula Bronstein : « J’ai été témoin des discriminations et des persécutions dont sou re la communauté rohingya. La majorité bouddhiste birmane peine à contenir une haine profondément enracinée à l’égard de cette minorité musulmane. Les Rohingyas sont considérés comme des clandestins et la nationalité birmane leur est refusée. Dans l’État de Rakhine, leur liberté de circulation est restreinte. L’accès aux soins de base, à l’éducation, à la fonction publique leur est interdit. Les Rohingyas soutiennent qu’ils sont originaires de l’ouest de la Birmanie et revendiquent un héritage vieux de 1 000 ans. Les témoignages des Rohingyas ayant fui l’an dernier font état de villages brûlés, de viols et de tueries. Le gouvernement birman arrête les journalistes qui tentent de découvrir la vérité*. Aung San SuuKyi continue de fermer les yeux sur ces violences. »