Laïcité et fait religieux à l’épreuve de l’humour

La plupart des sociétés occidentales postmodernes reposent sur un même substrat culturel. Celui-ci est fortement imprégné par la ou les religions qui y ont voix au chapitre et qui sont pratiquées dans les pays en question.

Dans le cas de la France, la culture est en grande partie sous-tendue par la civilisation judéo-chrétienne, ainsi que par sa mythologie et son imaginaire, qui donnent forme et sens à de très nombreux moments du quotidien.

Manifestation devant l’église Notre-Dame-des-Champs à Paris (1904) ; les tensions sociales concernant la place de l’Église dans la société étaient fortes à l’époque. Wikimedia

Dans un pays laïc comme la France, la question de la religion a toujours été sensible et elle l’est malheureusement beaucoup plus ces derniers temps, en raison des attentats meurtriers ayant frappé le territoire, en 2015 et 2016.

La religion fait l’objet d’une forme de crispation sociale, politique et culturelle si importante qu’elle semble empêcher toute distanciation critique. À ce propos, Jacques Derrida livre une anecdote pleine d’humour :

« je me rappelle qu’un jour Lévinas m’a dit, avec une sorte d’humour triste et de protestation ironique, dans les coulisses d’une soutenance de thèse : “aujourd’hui, quand on dit “Dieu”, il faudrait presque demander pardon ou s’excuser : “Dieu”, passez-moi l’expression… »

En matière de religion, l’humour fait cruellement défaut dès qu’il s’agit de la considérer comme un fait social et culturel. Les hommes en ont pourtant un besoin impérieux, comme le rappelle Bernard Sarrazin : « Chaque fois qu’il y a du sacré, un rire de désacralisation semble se déployer sous une forme ou sous une autre. » Cet article aspire à montrer qu’il convient de prendre de la distance par rapport à la religion, définissant d’ailleurs quelques concepts.

Laïcité et fait religieux : tentative(s) de définition

Au sein de l’État français, la laïcité (qui est moins un principe qu’une règle et une éthique) entretient avec la religion des relations qui sont à la fois basées sur la tolérance, ainsi que sur un rapport plus passionnel, lié à l’organisation de cultes.

Pour Jean Baubérot, la laïcité, dans sa diachronie, conjugue trois principes fondamentaux : « le respect de la liberté de conscience et de culte ; la lutte contre toute domination de la religion sur l’État et sur la société civile ; l’égalité des religions et des convictions, les “convictions” incluant le droit de ne pas croire. »

Dans Les formes élémentaires de la vie religieuse, le sociologue Émile Durkheim rappelle que « le fait religieux est fondamentalement un fait social. […] Le fait religieux […] affecte, sous des formes diverses, la totalité de l’existence sociale ».