Le long combat d’une femme juive pour obtenir le divorce religieux

Une femme a obtenu le guet (acte de divorce religieux juif) qu’elle réclamait depuis 29 ans à son ancien mari, condamné à 9 ans de prison en 1988 pour avoir tenté de l’assassiner.

Qu’est-ce que le guet ?

La Torah reconnaît le droit au divorce (Deutéronome 24, 1-2). Un couple peut donc divorcer civilement. La loi juive prévoit que pour rompre le mariage religieux, l’homme remet à son épouse, en présence d’un Beth-Din (tribunal rabbinique), un guet, l’acte de divorce religieux, dans lequel il est indiqué que la femme « est désormais libre d’épouser tout homme de son choix ».

Si le mari refuse d’accorder le guet, la femme est agouna, toujours mariée. « Cela implique qu’elle est considérée comme adultère si elle a une relation avec un autre homme, explique Yaël Hirshhorn, conseillère en communication du grand rabbin de France Haïm Korsia. Et si elle a des enfants avec un autre homme que son mari, ceux-ci sont considérés comme mamzérim, c’est-à-dire illégitimes. Devenus adultes, ces enfants ne pourront eux-mêmes se marier religieusement qu’avec d’autres mamzérim. » Le refus du guet a donc une véritable incidence pour les femmes concernées et pour leur descendance.

« Il existe des tentatives de chantage au guet, lorsque l’homme n’est pas satisfait du jugement civil, poursuit Yaël Hirshhorn. Le consistoire lutte contre cela. »

Pourquoi a-t-il fallu 29 ans à Sarah pour obtenir le divorce ?

La situation de Sarah est « hors norme », reconnaît Yaël Hirshhorn. En 1988, elle a fait l’objet d’une tentative de meurtre de la part de son conjoint (qui a été condamné à 9 ans de prison pour cela) et elle a divorcé civilement dans la foulée. Mais celui-ci a toujours refusé de lui accorder le guet, malgré les différentes sollicitations de Sarah auprès du tribunal rabbinique de Lyon (d’où elle était originaire), de Paris (où son ancien mari s’est installé après sa peine de prison), et du consistoire central.

« Son mari a toujours refusé de répondre aux convocations des Beth Din », précise Yaël Hirshhorn. Mais alors qu’en Israël un homme peut être condamné à la prison s’il ne remet pas le guet, les moyens de coercition des tribunaux rabbiniques en France sont purement spirituels. « Il s’agit de privations graduelles de services religieux, comme le fait de pouvoir “monter à la Torah” lors du shabbat, ou de recevoir une bénédiction pour un enterrement », explique encore Yaël Hirshhorn. Des sanctions qui peuvent se révéler vaines si elles touchent un juif peu religieux.