Immigration : peut-on concilier humanité et fermeté ?

L’accueil des migrants place, semble-t-il, devant un dilemme insoluble : l’hospitalité ou la dureté. Nous serions sommés de choisir entre deux attitudes, et deux voies, paraissant inconciliables : l’humanisme, qui se traduirait par l’accueil bienveillant de (si possible tous) ceux qui se présentent ; ou l’égoïste repli sur soi, qui se traduirait dans le refus haineux du réfugié. Le devoir d’accueil de l’autre, notre frère en humanité, versus le droit de se défendre contre des « assaillants » venus d’ailleurs, et perçus comme des « perturbateurs sociétaux ».

Est-il possible de dépasser cette opposition apparemment irréductible, et de concilier humanité et fermeté ?

Article publié par theconversation.com le 28/03/2018

Auteur: Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

L’intégration, nœud du problème

Le drame est que les migrants sont perçus comme indésirables aujourd’hui parce que (pense-t-on) source de troubles et de problèmes, non seulement aujourd’hui, mais surtout demain. C’est la capacité des immigrés (et de leurs descendants) de s’intégrer qui est mise en question.

Un récent sondage de l’IFOP le montre bien : plus de 7 Français sur 10 estiment que les personnes issues de l’immigration sont mal intégrées dans la société française, et cela, à cause essentiellement de raisons qui leur incomberaient. Le refus actuel d’une acceptation inconditionnelle et massive serait ainsi justifié par l’existence de différences (d’habitus, de comportement, de pratiques sociales et religieuses) jugées pathogènes pour la nation française avec, à terme, un potentiel risque de destruction.

Force est de reconnaître qu’à cet égard certains faits posent question, à tel point qu’on hésite à les évoquer, le sujet étant devenu tabou. Ainsi en va-t-il de la « suractivité délictuelle » des jeunes issus de l’immigration, mise en évidence dès 2004 par une recherche conduite en Isère.

En 2012, les statistiques de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) confirment une forte hausse de la délinquance des étrangers. Et les travaux de Farhad Khosrokhavar (2004, 2016) établissent que l’islam est devenue « la première religion carcérale de France », le taux des détenus musulmans dépassant souvent les 50 %, et avoisinant parfois les 70 ou 80 %.

Y aurait-il un inéluctable destin conduisant de l’immigration à la délinquance, puis au terrorisme, dans une sorte de spirale négative de la non-intégration ?

Pour les immigrés, les dérives comportementales sont-elles une fatalité ?

Il est clair, toutefois, que la surreprésentation, dans les prisons françaises, des personnes issues de l’immigration, peut avoir de multiples causes, sociales, et économiques, autant qu’individuelles.

On peut évoquer les conditions de vie qui leur sont faites, leur confinement dans des quartiers ghettos, le racisme latent, etc., et affirmer que l’urgence est de lutter contre les inégalités qui souvent les accablent. C’est pourquoi il devrait être aussi clair qu’il convient de refuser de s’enliser dans l’évocation de ce qui serait une propension à la délinquance chez les immigrés, comme s’il y avait chez eux un penchant naturel pour le délit.