Ex-FN, elle devient passeuse par amour

Une quadragénaire, ancienne votante Front national, est tombée amoureuse d’un migrant iranien, à Calais. Elle est jugée mardi pour l’avoir fait passer en Angleterre.

Le scénario est digne d’un film hollywoodien: Béatrice Huret, 45 ans, ex-sympathisante d’extrême droite tombée amoureuse de Mokhtar, un migrant iranien de la «Jungle» de Calais, est jugée mardi en France pour l’avoir aidé à passer en Angleterre, «par amour». «J’attends de ce procès qu’on comprenne ce que j’ai fait et pourquoi je l’ai fait. Je sais ce que j’ai fait. J’assume parfaitement», a dit Béatrice Huret, habillée en costume sombre et portant de hauts talons, à son arrivée au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer (nord).

«Le but de ma vie c’est lui (Mokhtar, ndlr). Je suis prête à lui donner ma vie. La seule chose qui m’embêtera, c’est de ne plus voir Mokhtar si je suis en prison», a ajouté Mme Huret, avant que le procès débute.

Jusqu’à dix ans de prison

Soupçonnée d’avoir organisé «le passage d’étrangers au Royaume-Uni et en assurant leur prise en charge (…) en bande organisée», elle risque jusqu’à 10 ans de prison, notamment pour avoir fait passer son amoureux en bateau vers la «terre promise» anglaise en juin 2016.

Veuve d’un policier aux frontières, formatrice pour adultes, Béatrice Huret menait une vie routinière. Sa vie bascule une première fois en février 2015 quand elle découvre la «Jungle» de Calais «par hasard», en prenant en stop un jeune réfugié soudanais qu’elle dépose à l’entrée du camp. «Cela a été un choc», expliquait-elle début juin à l’AFP.

La «Jungle», où de 6000 à 8000 migrants vivaient dans un bidonville insalubre, avec l’espoir de passer en Angleterre, a été démantelée en novembre 2016 par les autorités françaises.

Un «coup de foudre»

Béatrice Huret décide de devenir bénévole. Un an plus tard, elle croise le regard de Mokhtar pour la première fois. Il fait partie des migrants iraniens qui se sont cousu la bouche pour protester contre le démantèlement d’une partie du bidonville. C’est «un coup de foudre», confie-t-elle.

Après avoir perdu sa trace, elle accepte des mois plus tard via une connaissance de la «Jungle» d’accueillir Mokhtar et un autre Iranien à son domicile, où elle vit avec sa mère, 76 ans, et son fils Florian, 19 ans.

«Je l’ai fait par amour»

Leur relation débute: «Mokhtar m’a rendu le goût de l’amour oublié», écrit cette ancienne électrice du parti d’extrême droite Front national, pour qui elle votait «sans se poser de questions».