Ce qu’ils pensent quand on leur demande : « mais d’où tu viens vraiment ? »

Alors que les élections présidentielles approchent, il est temps de reconsidérer nos différences et de les inscrire dans un dessin commun. i-D est parti à la rencontre de 6 jeunes pour leur demander ce qu’ils ressentent lorsqu’on leur demande d’où ils viennent. Straight ups.

« D’où viens-tu ? » Voilà une question on ne peut plus simple. Anodine presque. Mais lorsque la réponse ne suffit pas et que la question enchaîne sur « non, mais vraiment, tu viens d’où ? », c’est tout un autre écueil qui se profile. Nous avons tous grandi en croyant aux grands mythes du roman national, celui qui fait de la France une terre d’accueil et de respect. Pourtant, les débats identitaires, les bavures policières, le racisme ordinaire révèlent ensemble le côté sombre de ce que la formule « être français » implique et occulte à la fois. Le désir assimilationniste français en est le gage : pour être français, il faudra renoncer à ses origines, son patrimoine, son histoire et prêter allégeance à la grande Histoire – annihilante. Et tandis que les élections approchent, il est urgent de reconsidérer nos différences. D’en faire nos armes et de se rapprocher de ce que la France a toujours rêvé d’être. i-D est parti à la rencontre de 6 jeunes – français ou pas – pour parler de leurs origines, de discriminations et de futur.

Faty Alami, 24 ans


Faty Alami - Roddy BowTu fais quoi dans la vie ?

Je suis styliste.

Tu viens d’où ?
Je suis marocaine. Je suis née à Casablanca et je suis arrivée en France à 18 ans.

On te pose souvent cette question?
Oui mais les gens pensent que je suis née ici. Ils pensent que je suis une « rabza de France ». Ça les étonne. Ça me fait plaisir que les gens voient que je suis étrangère et me pose la question. J’adore qu’on s’intéresse à mon pays.

On te traite différemment ?
Souvent, quand je ne suis pas d’accord avec quelque chose, les gens pensent que je ne comprends pas. On me dit « non mais tu ne comprends pas, en France c’est comme ça ». Même des amis parfois sortent des propos racistes culturels. Genre « dans ton pays c’est pas pareil, tu ne peux pas comprendre » comme si on n’était pas assez évolués pour comprendre. « Ils pensent que culturellement, je ne suis pas à même de saisir la France. C’est très péjoratif pour moi. Parfois j’ai envie de leur dire « mais tu crois qu’il n’y a pas l’électricité dans mon pays ou quoi ? » C’est un racisme intellectuel. Ça relève de l’héritage. C’est souvent inconscient.