Quand les Asiatiques de France réinventent leur culture

Il y a cinq ans, Respect mag sortait un numéro consacré aux « Asiatiques de France ». Une expression qui me gêne personnellement, mais qui est couramment utilisée et semble assez claire pour tous. Pour ma part, elle est assez floue puisqu’elle regroupe des peuples issus d’un large continent, Indiens autant que Chinois ou Cambodgiens. Et la France en retient uniquement ceux qui ont les yeux bridés !

Au menu de ce numéro spécial : le racisme anti-Asiatique, le manque de visibilité de cette communauté élargie, la volonté de se faire une place dans le débat public en France et même des intervenants que nous retrouvons aujourd’hui, par hasard… Une couverture urbaine, à l’image du Respect mag de l’époque. Ce numéro, c’est Anthony Cheylan qui m’en a parlé la semaine dernière, lors de notre rencontre. Le timing est intéressant, tout comme les angles choisis.

Alors cinq ans après, que dire de plus ?

Alors cinq ans après, que dire de plus ? Et bien, il est temps de s’intéresser à cette génération des 25-40 ans. Celle qui s’exprime depuis quelques années, qui ose concilier ses identités d’origine avec la France, sans tabou, ni complexe. Au-delà de cette liberté d’expression, cette génération est aussi celle qui cherche à connaître son histoire, pour mieux la transmettre à la suivante.

Comment ? Grâce à la transmission inversée ! C’est Mai Lam Nguyen-Conan qui m’en parle dans un premier temps, au téléphone, alors que je cherche un angle autre que le racisme anti-asiatique.

S’approprier la culture d’origine de ses parents à sa manière…

La transmission inversée, c’est – pour faire court – la volonté de s’approprier la culture d’origine de ses parents à sa manière, pour, au final, la réinventer. Cette démarche est longue. On doit être capable de répondre à la question simple et complexe du « Qui suis-je ? », savoir d’où l’on vient et ce que l’on retient de l’histoire de nos aïeux… Et là où ces Asiatiques de France sont extraordinaires, c’est dans leur capacité à créer une communauté élargie, grâce aux nouvelles technologies, mais aussi à mobiliser pour faire entendre leur voix.

Petite anecdote amusante : beaucoup des personnes interviewées se sont étonnées que je ne sois pas d’origine asiatique. Mais si je ne partage pas les origines, il m’est apparu de plus en plus clair que cette quête de l’origine, de la transmission, de la réappropriation de la culture des parents et des grands-parents, a une très grande importance dans la vie de tous. Comme un passage obligé. Au final, c’est la beauté du multiculturalisme, de ces nouvelles générations qui cherchent à concilier leurs origines avec leur pays, la France, pour créer une culture encore plus riche.