Emmaüs fonde sa première communauté agricole dans la Roya autour de Cédric Herrou

Le maire, justement, veille au grain. « On est dans une période pré-électorale. C’est certain que ça va être instrumentalisé. Ça l’a déjà été. » Au-delà des débats idéologiques, André Ipert s’inquiète des infractions aux règles de l’urbanisme. À ce niveau, les installations de la communauté pourraient « générer un trouble à l’ordre public. Il n’y a pas d’eau, pas d’assainissement, pas d’accès autre que ce chemin… »

Le maire indique avoir saisi le procureur de Nice, pour que « ces constructions sans autorisation soient réprimandées. Que ce soit M. Herrou ou M. Tartempion, la loi est la même pour tout le monde ! »

Dans le potager aménagé à flanc de colline, Patrick le Niçois et Halefom l’Erythréen partagent leur quotidien autour des valeurs de la terre.
Dans le potager aménagé à flanc de colline, Patrick le Niçois et Halefom l’Erythréen partagent leur quotidien autour des valeurs de la terre. Photo Sébastien Botella
« ILS ONT BEAUCOUP À NOUS APPORTER »

Nicolas Coiffier, responsable national des groupes communautaires Emmaüs
Nicolas Coiffier, responsable national des groupes communautaires Emmaüs Photo Sébastien Botella
Nicolas Coiffier, responsable national des groupes communautaires Emmaüs, explique pourquoi l’association a décidé ce projet.

Pourquoi Emmaüs a-t-il donné son accord à cette création ?

C’était une évidence partagée. La communauté existait déjà. Le mode de vie ici est très proche des autres communautés que j’accompagne. Ils ont construit eux-mêmes leur habitat, veulent vivre avec une indépendance financière, le travail leur permet de vivre et survivre : on retrouve tous les ingrédients d’Emmaüs, un mouvement venu de la base.

Que peut-il leur apporter ?

Cela leur donne une légitimité pour construire sur le long terme. Cela donne un cadrage juridique à leur activité. Et cela les inscrit dans un réseau qui fait écho à leur combat.

Cela permet aux demandeurs d’asile et réfugiés de renouer avec une dynamique sociale ?

À Emmaüs, c’est par l’activité que l’on se remet debout. Ils renouent avec l’activité et en vivent, encore plus littéralement ici puisqu’ils mangent leur production. Cela permet aussi de retisser du lien social. Ils sont aidés, mais sont aussi aidants. C’est aussi comme cela qu’ils retrouvent la dignité.

À quelles difficultés risquent-ils d’être confrontés ?

Comme tout agriculteur, ils dépendent de certains aléas. On découvre aussi de nouvelles démarches administratives. Et on a une attention particulière à la position des autorités françaises : s’il devait y avoir de nouvelles arrivées massives de migrants, on pourrait assister au retour de tensions fortes avec le déploiement des forces de l’ordre.

Une telle communauté peut-elle faire des émules ?

On pensait développer une activité agricole, justement. Être dans du local, du solidaire et du sain, c’est cohérent pour nous. Je suis convaincu qu’ils ont beaucoup de choses à apporter au mouvement Emmaüs