Emmaüs fonde sa première communauté agricole dans la Roya autour de Cédric Herrou

C’est durant la promotion de Libre que Cédric Herrou et Michel Toesca ont noué des liens avec Emmaüs. « Ils ont un côté punk qui nous ressemble pas mal », s’amuse l’agriculteur de 40 ans. Il ne s’en cache pas : cette action est aussi « politique. Pas au sens de la politique politicienne, mais de la politique de terrain. On veut dénoncer les carences de l’État, et le fait qu’il bousille la vallée de la Roya. »

Dans la vallée, de nombreuses voix lui renvoient le compliment. Et le chant des cigales n’a pas encore éclipsé les débats passionnés.

« JE ME SENS MIEUX ICI QU’EN ITALIE »

Atairu, demandeur d’asile nigérian, cultivait déjà la terre dans sa vie d’avant.
Atairu, demandeur d’asile nigérian, cultivait déjà la terre dans sa vie d’avant. Photo Sébastien Botella
Il n’est pas devenu agriculteur. Il l’était déjà. Dans sa vie d’avant.

Atairu, Nigérian de 37 ans, est arrivé fin avril à Breil-sur-Roya. Il a traversé le Niger et la Libye, avant de passer « deux ans et sept mois à Foggia », en Italie. « C’était très dur, surtout en Libye. Là-bas, ils tuent des gens tous les jours », raconte-t-il en anglais. Une fois en mer, un hélicoptère a repéré son embarcation, permettant à Atairu et ses compagnons d’être ramenés sur l’île de Lampedusa. Le voici, aujourd’hui, en train de cultiver la terre de l’autre côté de la frontière.

« Je voulais venir en France. J’ai marché jusqu’ici depuis l’Italie. Ça m’a pris deux jours, raconte le trentenaire. Il y a tellement de personnes qui souffrent en ville… C’est pour ça que je suis venu ici. J’aime cultiver la terre. Je suis un bon agriculteur, même si les méthodes sont différentes. Ici, je me sens beaucoup mieux. Mieux qu’en Italie, où je ne pouvais pas travailler. »

On le voit partir au village, juché sur un vélo, gilet fluo sur le dos. Atairu ne craint plus les contrôles : il est à présent demandeur d’asile. Il rend grâce à « Cédric, un homme bon pour moi », et à sa petite communauté. « Je l’aime. C’est comme une famille. »

Un soleil généreux inonde les plantations. Le mercure dépasse les trente degrés. Tandis qu’Aitaru gère des plants de tomate, plus loin, Halefom s’occupe des cucurbitacées. Lui est érythréen, et n’a que 25 ans. Arrivé il y a deux ans, il a obtenu le statut de réfugié voilà cinq mois. « En Érythrée, c’est compliqué. On a toujours un dictateur comme président », raconte-t-il d’une voix discrète.

Hafelom, lui, n’avait aucune notion agricole. « Avant, j’étais serveur dans un restaurant. J’ai appris ici l’agriculture. J’aime faire du maraîchage, récolter les olives… » Lui aussi respire mieux, depuis que l’étau des forces de l’ordre s’est desserré. Il savoure la vie en communauté, parle de « famille » à son tour : « On partage tout. »