Emmaüs fonde sa première communauté agricole dans la Roya autour de Cédric Herrou

Midi passé. Alors que le mercure dépasse les 30 degrés, toute l’équipe se retrouve côté cuisine, dans la cabane aménagée en bois. C’est Hossein, souriant Iranien âgé de bientôt 30 ans, qui tient les fourneaux ce jour-là. Il a passé neuf mois en France, dont trois ici. « Cédric et ses amis m’ont aidé. Ils sont très bons et gentils. Ils ont beaucoup de bonne énergie. » Avant d’arriver là, il a traversé huit pays. Et il n’a pas oublié « les gens pas bien, qui vous dénoncent à la police ».

S’il a fui son pays d’origine, c’est parce qu’Hossein « écrivait sur le gouvernement et la politique », assure-t-il. Car le jeune Iranien, cuisinier quand il le faut, est d’abord écrivain. Son troisième livre serait en passe d’être traduit en français et édité. Son thème ? « C’est un roman qui parle de réfugiés, de gens pauvres et affamés. »

« LES GENS DE LA VALLÉE SONT HYPER REMONTÉS »

André Ipert est un maire partagé. À l’image de Breil-sur-Roya, et de la vallée qui lui donne son nom. Depuis la médiatisation de son combat en 2016, la Roya s’est profondément divisée autour du cas Cédric Herrou, qui cristallise les tensions autour des questions migratoires. « M. Herrou a donné une image plus que détestable à la vallée, fulmine un habitant sous couvert d’anonymat. Plus rien ne se vend. Tous les commerces se cassent la gueule. Les gens en ont plein les bottes ! »

Ces tensions, André Ipert ne les nie pas. Même s’il estime que le climat s’est quelque peu apaisé, cet élu sans étiquette, de sensibilité de gauche, l’admet : « L’image est négative. L’État était défaillant, mais un appel d’air indéniable a été créé. Dans les moments de tension, ma priorité a été de préserver une forme d’unité du village. »

Aujourd’hui, c’est donc cette petite communauté agricole, aux portes de Breil, qui fait réagir le village. À commencer par son premier magistrat. « Emmaüs, ce n’est pas anodin. C’est une ONG qui a pignon sur rue, qui est sérieuse, salue André Ipert. Sur le principe, je suis entièrement d’accord qu’il [Cédric Herrou] puisse tenter de réinsérer des gens en déshérence ou des demandeurs d’asile – des vrais, dûment enregistrés. D’autant plus que l’on veut relancer l’agriculture biologique. Mais il ne faut pas que cela devienne une porte d’entrée à l’immigration clandestine ! »

Dans la Roya, certains scrutent la situation de près. À l’image de Jean-Pierre Beghelli. Ce très droitier élu d’opposition à Breil livre une tout autre analyse. Pour lui, passer sous pavillon Emmaüs serait une façon déguisée d’employer cette main-d’œuvre. « C’est un vrai problème. Qu’il y ait une bonne intention au départ, c’est possible. Mais à l’arrivée, ça a foutu la vallée de la Roya en l’air ! Les gens sont hyper remontés contre cette situation. Alors que lui s’attire les bonnes grâces de gens qui ne connaissent pas la vallée. » Jean-Pierre Beghelli fulmine contre l’agriculteur militant : « Il a mis Breil dans une ratatouille qui n’est pas niçoise, et qui n’est pas parfumée au romarin. C’est trop facile de se cacher derrière l’humanitaire ! Je regrette que le maire ne soit pas intervenu de manière autoritaire. »