Emmaüs fonde sa première communauté agricole dans la Roya autour de Cédric Herrou

Le mouvement fondé par l’abbé Pierre vient de créer à Breil-sur-Roya sa première communauté agricole, autour de Cédric Herrou. Cette initiative met en rage ses détracteurs

article de Christophe Cirone publié sur le site nicematin.com, le 20 07 2019

On y grimpe par un sentier étroit et rocailleux, qui part de la RD 6204 et offre des vues spectaculaires sur la Roya, que l’on voit s’écouler en contrebas. Ce terrain en restanque est semé d’oliviers, la vie bercée par le chant des cigales. C’est sur ces terres appartenant à Cédric Herrou qu’Emmaüs vient de fonder sa première communauté 100 % agricole : Emmaüs Roya.

« C’est une première en France métropolitaine », confirme sur place Nicolas Coiffier, responsable des groupes communautaires. Emmaüs en compte 120 à travers l’Hexagone. Son conseil d’administration a validé cette naissance le 4 juillet dernier. Aux portes de l’Italie, cette petite communauté (7 à 8 compagnons à ce jour) tient une place particulière.

Depuis 2016, ces lieux ont cristallisé les passions autour des enjeux migratoires. Désormais, peu de migrants passent par la Roya. Les forces de l’ordre ont desserré l’étreinte. Avec son association « Défends ta citoyenneté », Cédric Herrou a décidé de porter un nouveau message, résolument positif : « Les migrants ne sont pas des voleurs, des violeurs ou des terroristes, mais des agriculteurs ! »

« CE NE SONT PAS DES BOULETS »

Ici, la plupart des compagnons Emmaüs sont originaires d’Afrique, demandeurs d’asile ou ayant obtenu le statut de réfugié. « Les compagnons ne sont pas considérés comme des travailleurs. On leur donne 350 euros net par mois avec logement, nourriture, fringues et Urssaf, explique l’agriculteur militant. On donne de l’activité à des gens qui ne peuvent pas travailler. L’État n’a rien proposé : nous, on propose quelque chose ! On veut prouver que ces gens-là ne sont pas des boulets. Ils sont motivés. »

Au-dessus des quatre cabanes et trois caravanes, aménagées en mode débrouille, poussent désormais fraises, aubergines, poivrons, tomates ou basilic. Objectifs : passer bientôt de 4 000 m2 de maraîchage à 1,5 hectare, de 500 à 1 000 poules pondeuses. Mais ces compagnons-là veulent d’abord cultiver l’entraide.

« DE LA POLITIQUE DE TERRAIN »

Photo Sébastien Botella
« C’est une famille. Ce sont mes colocs, sourit Patrick Jaubert, Niçois de 26 ans, en désignant ses partenaires africains. Au fur et à mesure, on voit leur confiance en soi se développer. Ensemble, on avance, on se tire vers le haut. » Michel Toesca, qui avait réalisé le film Libre, filme au plus près cette nouvelle aventure humaine : « Même si le hasard les a réunis là, ils forment un ensemble très cohérent. »