Dénoncer l’extrême pauvreté en France par la photographie

Comment les participants se sont-ils engagés dans cette séance photo? Comment en sont-ils ressortis?
C’est touchant de voir des personnalités aussi fortes qu’Arditi ou Yolande Moreau (et bien d’autres) se prêter à la séance, très tôt le matin, s’allonger dans une cabine où ça sent l’urine, fermer les yeux… Jacques Gaillot, à 80 ans, m’a rejoint à 7 heures pour dormir dans une cabine alors qu’il faisait 2 degrés dehors! C’est autre chose que de signer une pétition en ligne… Ils ont tous été touchés par l’expérience. Ca a fait remonter des choses un peu douloureuses chez certains, soit de leur propre vécu soit de celui de leurs parents. Pendant la séance avec Natacha Régnier, un SDF est venu me voir en me disant : « Je ne peux pas voir ça ». Il a sorti de sa poche un vieux billet de dix balles : « Va lui prendre un café! » Ce qui se passe à porte de la Chapelle est abominable. Il y a de quoi vomir!

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Par ce jeu photographique saisissant de réalisme, quelle prise de conscience souhaitez-vous susciter?
Le sort des migrants ou des SDF pourrait aussi être le nôtre. Qui sait si nous ne serons pas un jour obligés de tout laisser derrière nous pour fuir? Personne n’est assuré aujourd’hui de ne pas « trébucher » dans sa vie, de ne pas subir la dégringolade qui souvent s’ensuit. Ces photos n’ont pour but que de nous faire retrouver, à travers l’empathie, notre humanité. Notre propre sentiment de dignité dépend du traitement que l’on réserve aux plus démunis. Qui s’agace, s’indigne ou se mobilise pour les enfants qui font la manche dans le métro? Ce qui se passe actuellement porte de la Chapelle est abominable. Il y a de quoi vomir! Des excréments, partout des bouteilles remplies d’urine… Ce matin encore, je voyais des pompiers passer à côté d’un migrant allongé par terre, sans s’arrêter. Le mec était peut-être mort! Aujourd’hui, c’est normal, on se dit qu’il est en train de dormir.

Une centaine de personnalités vient de signer le manifeste apolitique d' »Exils Intra Muros ». Que demandez-vous aujourd’hui à nos élus?
Nous demandons déjà que le numéro d’appel d’urgence (115) puisse faire face à l’afflux des demandes et réponde! Aujourd’hui, si tu es seul et à la rue et que tu ne sais plus quoi faire, tu ne peux pas compter sur le 115. J’ai moi-même testé, ça ne répond pas. Nous demandons aussi que soient immédiatement hébergés et scolarisés les mineurs isolés étrangers. Nous souhaitons que le gouvernement arrête de détruire et de raser les campements et bidonvilles en attendant de trouver une solution digne. Nous souhaitons que soit appliquée la circulaire interministérielle de 2012 qui oblige la préfecture à reloger. La France s’est fait retoquer par la Commission européenne, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme… Globalement, nous demandons un véritable projet qui traite de l’extrême pauvreté.